L’héritage de Vichy

Si tu ne veux pas célébrer la Fête des mères à cause de son origine pétainiste, alors tu es mal ! Ce livre fort intéressant nous démontre que l’héritage du Maréchal est encore très vivant, structure notre société et que l’on aurait du mal à s’en défaire. Refuser l’héritage du Maréchal et de ses œuvres, c’est aussi refuser le salaire minimum, les CE ou l’hôpital public… tant de choses qui font partie des « zaquisociaux » qui semblent intouchables.

Ce livre fort instructif et passionnant montre que bien des mesures prises par Vichy ont été validées telles quelles à la Libération, et qu’elles continuent à irriguer notre tissu social.  Les thèmes traités restent sociaux, il n’y a pas de risque de banaliser la période de « l’Etat français » et de faire oublier ses horreurs.

Le livre décline les sujets au travers de 8 thèmes (vie quotidienne, santé, culture, alimentation, métiers…) et les aborde de façon concise, avec mise dans le contexte et devenir. Chaque idée est traité de façon rapide et donne un livre intéressant et facile à parcourir.

Le régime de Vichy a supprimé le Parlement et le pouvoir absolu est entre les mains de Pétain qui légifère à tout va. De nombreuses idées trouvent leur origine dans le Front populaire ou renforcement des mesures existantes ; d’autres lois sont directement dictées par l’occupant, qu’il s’agisse de l’incitation à la délation et du délit de non assistance à personne en danger ou du développement de l’éducation musicale. Toutes ces nouveautés ont été largement relayées et justifiées par la presse, il est amusant de noter que certaines expériences ont été vendues et justifiées comme fonctionnant en Suisse, pays germanique mais neutre !

L’impact dans la Vie quotidienne est sans doute la partie la plus politique : la carte d’identité a été aussi été créée pour identifier les « vrais » français ; l’incitation à la délation était un moyen de lutte contre la résistance et la non-assistance à personne en danger ont été mis en place pour obliger à porter assistance aux allemands blessés. La famille a été valorisée sous bien des formes, la Fête des mères et les allocations familiales ou l’allocation de salaire unique allaient dans ce sens.

L’alimentation était rationnée, la plupart des français ont perdu plusieurs kilos pendant les années d’occupation ; c’est dans cette période que les ersatz, comme la saccharine ou le fromage fondu, ont été développés ainsi que les premières cultures de riz de Camargue. Dans la grande veine du retour à la terre qui ne ment pas, le régime a valorisé l’agriculture, avec la mise en place des AOC ou de l’INAO. Les produits AOC n’étaient pas rationnés et un fromage comme le maroilles a été l’objet de plusieurs textes réglementaires. L’ordre moral a sévi contre les alcools, saufs les boissons dites hygiéniques comme le vin, et de cette période date la promotion des boisson chaudes et tisanes. Le Fanta est créé dans ces années de guerre et embouteillé dans les usines Coca-Cola, qui récupère le brevet à la fin des hostilités. Une loi de Vichy met aussi en place les premières cantines d’entreprise.

Au niveau culturel, la période est marquée par le développement de l’enseignement musical, tradition allemande, mais aussi par la valorisation des musiciens français (non juifs bien sur, pas Offenbach) et des compositeurs allemands : Mozart était presque oublié. L’Opéra de Paris, dirigé par Serge Lifar met en place le statut de danseur étoile et le gouvernement organise la première école de cinéma : l’IDHEC. Les héros nationaux sont bien entendu mis en valeur et Marie-Antoinette est réhabilitée comme exemple de la collaboration franco-allemande !

En matière d’éducation, on voir la création du CNED pour pallier les écoles détruites mais aussi la création de l’agreg de géographie ou l’inscription des épreuves sportives au bac. D’ailleurs le sport est aussi concerné : les fédérations vont toutes intégrer l’adjectif « français » dans leur libellé ;  le rugby à XIII va être interdit au profit du rugby à XV et le handball va de développer.

L’organisation des métiers va être fortement réglementée avec la création des premiers ordres : médecins, architectes, experts-comptables. Deux créations allemandes sont adoptées : le plan comptable et le statut de PDG, tandis que les travailleurs compétents pourront concourir pour être meilleur ouvrier de France. Une première législation empêchera le travail des femmes et privilégie leur rôle de mère de famille, mais elles gagneront pendant la guerre un nouveau statut et le droit d’ouvrir un compte en banque. En même temps, la loi rend obligatoire les comités d’entreprise et la retraite des vieux.

De nombreuses dispositions mettent en place un politique de santé, avec la création de l’hôpital public, du carnet de santé, des PMI et des textes sur la médecine du travail.

Enfin, l’oganisation du territoire a été modifiée par la création de régions et de nombreux travaux d’équipement : création d’autoroutes, du périphérique parisien, de prolongement de lignes de métro et de la fusion des réseaux qui donnera la RATP. A noter que le Code de la route tel qu’on le connait est la transcription de textes allemands et qu’il a été imposé en France par l’occupant. De même, les panneaux signalétiques avec des symboles ont été modifiés de manière à pouvoir être compris par les forces allemandes : le panneau marqué « sens interdit » et ainsi devenu un disque rouge barré de blanc !

Cécile Desprairies – L’héritage de Vichy, Ces 100 mesures toujours en vigueur -Armand Colin 2012