La zone du dehors

Auteur de l’excellent Horde du contrevent, Damasio nous livre ici un livre de politique fiction. En 2084, la Terre est pratiquement inhabitable et la guerre continue en Afrique, les hommes ont conquis l’univers et créé Cerclon sur un astéroïde dans la périphérie de Saturne.

Cerclon est une démocratie dévoyée, où tous les habitants sont évalués régulièrement et leur promotion sociale, ainsi que leur nom, dépendent de ces évaluations. Un mouvement contestataire, la Volte, se développe sous l’impulsion de 5 conjurés réunis sous le vocable du Bosquet et devient révolutionnaire.

CAPTP dit Capt, un des leaders du mouvement, est capturé et le président A lui propose un poste de ministre qui permettrait de faire cesser le Volte, de la récupérer. Au final, Capt refuse et risque sa peau car le pouvoir a profité de l’émotion causée par les révoltes pour remettre la peine de mort. Capt s’en sort et, devenu un symbole, sert de catalyseur pour secouer une partie de la population qui va créer des colonies anarchisantes dans la « zone du dehors », à l’extérieur du Cerclon.

Ces communautés vont évoluer différemment et, et assez rapidement demander l’aide du pouvoir en place, tandis que les membres du Bosquet disparaissent un à un, jusqu’à Capt.

Le livre nous offre quelques beaux spécimens : Capt, beau parleur, philosophe maniant et jonglant avec les concepts ; Kamio, le raisonnable, le pragmatique et surtout Slift, le barge total, violent, brutal, direct mais envoutant. Tout ce petit monde se coltine avec le système et le président A est très impressionnant en joueur d’échecs machiavélique, faussement compatissant et devinant ce qui va arriver.

Ce roman est inclassable, il dépasse largement l’anticipation et le monde qu’il décrit, si proche du notre, fait souvent peur. Toutefois, j’ai été largué politiquement dès la page 75 : je suis plus proche de la Molte que de la Volte. Churchill disait que la démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres ; la démocratie présentée n’en est pas vraiment une  et le discours critique est complètement biaisé. J’ai trouvé la plupart des arguments très proches des gauchistes révolutionnaires et le catéchisme parfois un peu longuet (comme tous les catéchismes). Ce gros pavé aurait pu être élagué mais il donne une bonne histoire avec une belle énergie.

Alain Damasio – La zone du dehors – Folio SF 2009