Hopper

Hopper ? ah oui, c’est le peintre qui illustre les couvertures d’Alison Lurie chez Rivages, ils font aussi des calendriers avec ses peintures… Eh oui, j’avoue ma connaissance d’Edward Hopper a longtemps été  lacunaire, j’arrivais à mettre un nom sur quelques peintures, je trouvais cela pas mal mais cela restait anecdotique. Une grande partie de ses œuvres a été léguée au Whitney Museum of American Art, ce musée était en réfection lors de mon séjour à New York, je suis excusé de ne pas mieux connaître !

L’expo monographique qui se termine au Grand palais permet de découvrir ce peintre et d’en apprécier la diversité. J’ai bien cru que je n’arriverais pas à y aller tant elle avait de succès (600 000 visiteurs), mais j’ai pu la visiter en « finissage », juste avant qu’elle ne remballe.

Edward Hopper (1882-1967) est un peintre américain assez singulier et inclassable ; plutôt réaliste mais les couleurs et les formes donnent un coté irréel. L’exposition consacre la première partie à ses années de formation : ses voyages à Paris où il est marqué par Valloton, Degas ou Marquet ; les cours de Robert Henri où il rencontre son épouse ; la proximité avec les peintres réalistes de l’Ashcan School.

Pendant une quinzaine d’années, Hopper gagne sa vie comme illustrateur commercial et travaille pour des magazines dont l’expo présente quelques couvertures plutôt réussies. Il tâte de la gravure qui lui a donné une rigueur pour le restant de sa carrière et connait le succès avec des aquarelles représentant des paysages de Nouvelle Angleterre. A partir de 1925, il se consacre uniquement à la peinture et son modèle féminin sera son épouse Joséphine Verstile Nivison.

Quand je pensais à Hopper, je voyais d’abord à ces tableaux où des personnages semblent seuls, en proie au doute. Effectivement, ses peintures urbaines nous montrent des sujets abattus, isolés ou indifférents à leurs compagnons. Ces personnages sont figés, on dirait des mannequins et ce sentiment de malaise est renforcé par le contraste des couleurs, vives, acides en intérieur ; très sombres en extérieur. Un des derniers tableaux montre un intérieur vide ; toutefois, la lumière qui en émane le rend plus habité que les scènes avec des personnages. Curieusement, les scènes en extérieur (comme Cape Cod Evening) semblent plus apaisées.

Ses paysages urbains sont tout aussi inquiétants et j’ai découvert avec surprise un peintre de paysages qui sait admirablement rendre la lumière. Hopper m’a aussi surpris par la mise en scène de ses peintures : il ne cherche pas à esquiver un poteau ou un mat qui cache la maison qu’il peint, les cadrages sont très cinématographiques et de nombreux tableaux montrent une scène à partir de l’extérieur : on voit la façade et on plonge dans un décor ; Wim Wenders s’est d’ailleurs inspiré de Hopper.

Pour moi, désormais, Hopper est aussi un peintre de la couleur, de la lumière.