Le Veuf

Le veuf nous offre un autre de ces êtres un peu falots chers à Simenon. Bernard Jeantet est dessinateur à domicile et fait le tour de ses employeurs le mercredi après-midi. Un jour qu’il ne trouve pas sa femme chez lui en rentrant, il s’inquiète et prend peur, pensant à un accident. Il avertit les policiers et apparemment un inspecteur n’est pas étonné et lui parle du passé. En effet, Jeanne est un ancienne prostituée que Jeantet a recueillie et elle s’est installée à demeure. La jeune femme ne quitte que peu leur appartement du quartier Saint-Denis et fréquente juste une vieille voisine couturière et le garçon qu’elle a en pension.

La police va trouver le corps de Jeanne dans un hôtel vers les Champs Elysées, suicidée. Jeantet ne comprend pas ce qui s’est passé et a du mal à admettre que sa femme pouvait fréquenter régulièrement cet hôtel de rencontres où elle a ses habitudes et du linge dans les placards. Il se coule facilement dans sa peau de veuf, pas très sujet aux émotions ; toutefois, il cherche la lettre que la suicidée a dû écrire, qu’une femme de chambre a cru voir mais que la police ne lui donne pas.

Un partie de la vérité viendra de la voisine : l’enfant qu’elle garde est celui de Jeanne et elle a besoin de la pension. Jeanne n’a pas avoué qu’elle avait un enfant et n’a pas osé demander de l’argent pour lui à son bienfaiteur pour ne pas ternir l’image qu’il se faisait. Elle a profité des sorties programmées de Jeantet pour aller tapiner jusqu’à ce qu’elle trouve un amant régulier qu’elle retrouvait dans cet hôtel. Jeantet ne comprend pas que la vieille lui reproche d’avoir étouffé sa femme, celle-ci le trouvait bon mais ne lui disait rien de ce qu’elle pensait. Bien entendu, rien n’émeut notre homme qui prend en charge les frais et cherche à se rapprocher du gamin en vue de l’adopter.

Le bonhomme est assez terrifiant, presque indifférent à tout, on pourrait presque croire à un montre d’égoïsme mais il est sans émotions, même vis à vis de lui-même.

Le Veuf – 1959