Simenon et Maigret

Monde de SimenonLes volumes de la série Le monde de Simenon regroupent ses romans par thème plus ou moins évidents. Volontairement, je me suis limité à ses « romans durs » qui ont alimenté tant de scénarios et j’ai évité les Maigret qu’il qualifiait de romans semi-littéraires.

Simenon est pourtant indissociable de son commissaire incarné par Bruno Cremer (on oublie Jean Richard). Il en a parlé à plusieurs reprises :

Je me sens pris de remords d’avoir complètement laissé tomber Maigret après mon dernier roman : Maigret et Monsieur Charles. C’est un peu comme si on quittait un ami sans lui serrer la main. Il se crée, entre un auteur et ses personnages, des liens affectifs, à plus forte raison si leur collaboration a duré cinquante ans.

Je lis dans certains journaux que je me suis pris moi-même pour créer le personnage de Maigret, que celui-ci ne serait donc qu’une sorte de copie.
Je m’inscris en faux. Lorsque j’ai écrit les premiers Maigret, je ne savais pas qu’il y en aurait d’autres. Dans les tous premiers, il ne jouait qu’un personnage épisodique. Ensuite, il a été surtout une silhouette : grand, gras, lourd, s’imposant surtout par sa placidité. Ni au physique, ni au moral, cette description ne s’accorde avec mon caractère.

Plus tard, Maigret et devenu moins synthétique. Que je lui aie donné, à mon insu, certaines de mes idées, certains détails de mon comportement, c’est possible.
Mais jamais il n’a été moi. Je le quitte sur les rives de la Loire où il doit être à la retraite, comme moi-même. Lui bêche son jardin, joue aux cartes avec les gens du village et va pêcher à la ligne. Moi je continue à exercer le seul sport qui me soit encore permis : la marche.

Je lui souhaite une heureuse retraite, comme la mienne est heureuse. Nous avons assez travaillé ensemble pour que je lui dise un adieu quelque peu ému.

Simenon in Des traces de pas 1975