Huckleberry Finn

Mark TwainLes deux livres peuvent se lire de façon indépendante mais j’ai relu Tom Sawyer pour mieux reprendre Huckleberry Finn. Ce roman est évoqué à plusieurs reprises dans La vie sur le Mississippi et il est considéré comme un livre fondateur de la littérature américaine. L’utilisation par Twain du langage parlé a été saluée à parution par TS Elliott et Hemingway considère que « toute la littérature américaine procède d’un roman intitulé Les aventures d’Huckleberry Finn. »

Tom Sayer est le récit d’aventures enfantines ; Huckleberry Finn nous emmène dans le monde des adultes, nous plonge dans l’Amérique d’avant la guerre de Sécession et dresse un portrait pas très flatteur de la société « civilisée ».

Nous avons laissé Huck chez la veuve Douglas, avec la promesse faite par Tom que la bride lui serait un peu relâchée. Il a effectivement vécu quelques années avec elle car il a 13 – 14 ans au moment de ce récit. Il appris à lire, a un peu de mal avec le calcul, peine à l’Ecole du dimanche. Si la veuve Douglas est assez coulante avec Huck, il n’en est pas de même Miss Watson, sa sœur qui s’est installée chez elle.

Le déclencheur de l’histoire est le retour du père de Huck qui voudrait bien mettre la main sur les sous de son fils. Il commence par lui interdire d’aller à l’école, l’enlève et le séquestre dans sa cabane au fond des bois. Huck échappe aux mauvais traitements de son alcoolique de père en s’enfuyant. Il fait croire qu’il a été attaqué et se réfugie sur l’Ile Jackson où il rencontre Jim, l’esclave de Miss Watson qui s’est enfui. Déguisé, Huck retourne en ville ; il apprend qu’on le croit mort et que Jim est l’assassin. Huck ne veut pas revenir pour ne pas subir à nouveau les sévices de son père, il organise la fuite de Jim et pense l’emmener par le fleuve dans un état abolitionniste.

Huck et Jim naviguent sur un radeau et un canöé. Mark Twain profite de cette longue épopée pour raconter le fleuve qu’il connait bien, il décrit les berges, les villes traversées, les dangers de la navigation avec les arbres et les radeaux qui flottent… La première aventure est la rencontre de l’épave d’un vapeur encore occupé par des bandits qui sont en train de régler leurs comptes. Un peu plus tard, Huck et Jim sont séparés et se perdent dans un banc de brume ; quand ils se retrouvent, Huck en profite pour se moquer de la crédulité de son compagnon et lui raconte une histoire farfelue qui se serait déroulée dans la nuit. Il s’aperçoit qu’il a blessé Jim avec des préjugés raciaux, se fait pardonner et le défendra toujours par la suite.

Les deux compères sont séparés une nouvelle fois après que leur embarcation ait été renversée de nuit par un vapeur. Huck arrive sur le rivage et trouve refuge chez la famille Grangerford, clan qui mène une vendetta avec les Shefferdson. Bien sûr, la fille s’enfuit avec Harney, le fils des ennemis, et ce Roméo et Juliette se termine par le massacre de tous Grangerford mâles. Entre temps, Huck a retrouvé Jim et ils repartent sur leur radeau où ils recueillent peu après deux individus qui sont de véritables escrocs. Les deux se retrouvent par hasard sur le radeau mais s’associent très vite, l’un se faisant passer pour le duc de Brigewater, l’autre pour Louis XVII ! Tour à tour prêcheurs, acteurs, pharmaciens, leur seul but est de gagner de l’argent -et beaucoup- aux dépens de la crédulité de leurs hôtes. Ils vont tenter de capter l’héritage d’un villageois, vont devoir fuir en y laissant leurs avoirs et vont vendre Jim pour se refaire.

Huck retrouve sa trace et arrive chez Philas Phelps qui a la garde de Jim. Il se trouve que cet homme est le beau-frère de tante Polly et prend l’arrivant pour Tom qui est attendu. Quand Tom arrive peu après, il se fait passer pour Sid… Le pauvre Phelps est un brave homme pieux mais très naïf, les jeunes gens vont lui mener la vie dure en essayant de faire échapper Jim. Tom est ravi de vivre une aventure et il rajoute systématiquement de la difficulté pour ajouter du romanesque. Tom prend une balle dans la jambe au moment où ils font évader Jim ; Huck ne veut pas abandonner son ami, Jim est repris et les choses semblent aller très mal pour lui. Alors que tante Polly les retrouvent et rétablit l’identité de chacun, Tom annonce qu’il n’y a pas à faire évader Jim car il a été affranchi, ce qu’il savait depuis le début, mais il préférait égoïstement vivre quelque chose d’extraordinaire.

Twain décrit l’Amérique et la civilisation qui n’est pas à son avantage mais son exergue est très savoureuse :

Quiconque essaiera de trouver un sens à ce récit sera poursuivi ; quiconque essaiera d’y trouver une morale sera banni ; quiconque essaiera d’y trouver une intrigue sera fusillé.

Mark Twain – Les aventures d’Huckleberry Finn, l’ami de Tom Sawyer, traduit par André Bay – 1885 – in Oeuvres Bouquins Laffont