La formule préférée du professeur

Ne pas confondre ce joli roman avec « Les 3 formules du Professeur Sato » ; ce n’est pas une BD de Blake et Mortimer mais une histoire pleine d’attentions et de délicatesse.

Un jeune femme est embauchée comme aide-ménagère chez un ancien professeur de maths dont la mémoire immédiate est limitée à 80 minutes. Pour lui, c’est une inconnue qui se présente chaque jour et il l’accueille en lui demandant sa taille de chaussures. Le professeur se réfugie dans les mathématiques et occupe la plupart de ses journées à participer à des concours publiés dans des revues scientifiques. Il a une vrai passion pour les mathématiques, surtout pour les nombres premiers : « il éprouvait pour eux de la tendresse, de la dévotion et du respect ; il les caressait ou se prosternait devant eux de temps en temps, il ne s’en séparait jamais. »

Le professeur apprend que son aide a un garçon de 10 ans qui reste chez elle pendant qu’elle travaille, il lui demande de l’amener avec elle et il se prend d’affection pour le garçon qu’il appelle Root, car son crâne est plat comme une racine carrée. Le professeur partage sa passion des mathématiques et donne des explications lumineuses sur les nombres. Je n’avais jamais compris les passionnés de chiffres, mais Ogawa arrive à nous convaincre de la poésie dégagée par les maths.

Le but des mathématiques est uniquement de faire apparaître la vérité.

C’est justement parce que cela ne sert à rien dans la vie réelle que l’ordre des mathématiques et beau.

L’autre passion du professeur est le base-ball, elle est partagée par Root et cela les rapproche sans doute aussi ; une amitié sincère se développe entre les trois et durera longtemps, même quand le vieil homme partira en établissement.

A partir de cette histoire de mémoire oubliée, Ogawa a écrit un roman de porcelaine : délicat, joli et émouvant. Même si j’ai sauté certains passages sur le base-ball, l’histoire est pleine de tendresse. J’ai été touché par les attentions de l’aide-ménagère et de son fils, par l’évocation de son histoire et des traces qu’elle trouve du passé du professeur. On y découvre un grand amour perdu mais qui dure.

Yoko Ogawa – La formule préférée du professeur, traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle, Actes Sud 2008