Enée

Enée est un des grands combattants troyens, c’est aussi l’ancêtre des fondateurs de Rome. Le récit épique de ses aventures est bien sûr l’Enéide, retraduit récemment par Paul Veyne ; Ovide ne fait qu’évoquer le héros.

Enée est le fils que Vénus a eu avec Anchise. Il quitte Troie avec son fils Ascagne, en portant son père sur les épaules. Il arrive à Délos, la ville d’Apollon où il est accueilli par Anius, roi et prêtre d’Apollon.
Les filles d’Anius étaient capables de transformer tout ce qu’elle touchaient en blé, vin, huile d’olive, et assuraient la prospérité de leur père. Quand Agamemnon l’a appris, il les a enlevé et leur a ordonné de nourrir les troupes grecques Elles se sont enfui ; deux d’entre elles on rejoint leur frère, roi de l’île d’Andros, qui les a livré aux Grecs. Implorant Bacchus qui leur a donné leur don, il les a transformé en colombes.

L’oracle de Délos demande à Enée et aux Troyens qui l’accompagnent de retrouver leur « antique mère antique et les rivages de leur race ».  Enée et ses compagnons partent d’abord en Crête d’où vient Teucer, ancêtre des Troyens, puis ils naviguent en Méditerranée pour aller vers le Latium. Ils passent en Sicile sur la plage de Zancé bordée à droite par Scylla et à gauche par Charybde qui saisit les vaisseaux et les dévore.

La flotte est repoussée ensuite vers la Lybie où réside la reine Didon. Aimée d’Enée, elle se suicide quand il doit repartir sur injonction des dieux. Enée retourne en Sicile où son père est enterré ; il recueille Achéménide, un grec oublié par Ulysse dans sa fuite de Polyphème le Cyclope ; la flotte manque d’être incendiée par Iris, messagère de Junon ; ils passent non loin des rochers aux Sirènes et des terres des Cercopes, anciens brigands transformés en singes par Jupiter pour n’avoir pas su s’amender après avoir été capturés par Hercule, et ils finissent par arriver à Cumes. Là, Enée rencontre la Sybille, il enterre sa nourrice Caiète, descend aux Enfers, y rencontre son père, y apprend son avenir et s’en revient. La Sybille aurait pu gagner l’immortalité en couchant avec Phébus ; à sa demande, il lui a donné autant d’années de vie que de grains dans une poignée de poussière et elle vivra 1000 ans.

Enée  arrive à l’embouchure du Tibre et y débarque. Il obtient l’hospitalité de Latinus, le souverain local, et épouse Lavinie la fille de Latinus (fils de Faunus et petit-fils de Picus). Il combat Turnus le Rutule, qui règne sur la Tyrrhénie au sud du Latium et qui voulait aussi la belle. Deux coalitions s’affrontent.
Venulus, allié de Turnus, demande en vain de l’aide à Diomède, grec qui a fui après la guerre de Troie. Ce petit-fils d’Oénée est pourchassé par la vindicte de Vénus, a vu ses compagnons transformés en oiseaux (des mouettes ?) et ne veut pas combattre le fils de la déesse. Turnus brûle les vaisseaux d’Enée, mais le bois vient du mont Ida dédié à la déesse Cybèle et elle transforme les navires en flammes en nymphes marines qui se souviennent des malheurs des Troyens et détestent les Grecs.

Les combats continuent, chaque camp a des dieux qui le soutiennent et fait preuve de bravoure ; ils se battent pour gagner et écraser l’adversaire et non plus à cause du conflit initial et, au final, Vénus fait triompher son fils.

Quand Ardée, allié de Turnus, meurt dans sa maison en flammes, un oiseau s’envole des cendres chaudes. Il est maigre, pâle et se frappe de ses propres ailes pour célébrer son deuil, c’est un héron.

Quand il est temps pour Enée de mourir, sa mère plaide auprès des dieux et même Junon consent à ce qu’il rejoigne les immortels, il devient Enée Indigète.

D’après Les Métamorphoses d’Ovide

Ovide est un auteur latin, j’ai donc pris les noms romains qui peuvent différents en grec :
Vénus= Aphrodite
Phébus= Apollon
Junon=Héra

Alors que Enée arrive dans le Latium et donnera les dynasties de Rome, un autre Troyen a traversé l’Europe : Francion. Ce Troyen a fondé un royaume entre Rhin et Danube ; c’est l’ancêtre de Pharamond, premier roi des Francs, qui est parti vers l’Ouest, a battu les Romains et a créé le royaume des Francs. Donc les rois de France descendaient des valeureux Troyens.

Cette belle histoire est remise en cause après la Révolution : les ancêtres Troyens des rois de France sont délaissés au profit de nouveaux ancêtres du peuple : les Gaulois. Cette nouvelle légende est officialisée par le mythe de Vercingétorix, premier patriote français, héros de la résistance contre l’envahisseur romain.