Lincoln

A Washington, j’ai été surpris de voir l’importance accordée à Lincoln. Tout européen sait qu’il a été assassiné, mais c’est son rôle dans la sauvegarde de l’Union qui est mis en avant, plus d’ailleurs que l’abolition de l’esclavage. Le biopic de Spielberg n’évite pas l’hagiographie, mais il offre tout  de même un scénario un peu plus riche que la simple illustration de Saint Abraham président et martyr.

Le film se concentre sur les débats et le vote du 13e amendement qui supprime l’esclavage. Ce vote s’est déroulé en 1865, au début du second mandat de Lincoln et permet d’évoquer sa carrière et les méandres politiques de l’époque. Lincoln est un abolitionniste convaincu et veut absolument faire passer son amendement qui nécessite les 2/3 des suffrages. Il résiste à ses conseillers qui pensent que la fin de la guerre pourrait se négocier plus facilement sans cette mesure. Les subtilités du régime politique américain nous échappent souvent, quand on y ajoute les péripéties des rivalités politiques particulières au XIXe siècle, on est vite perdu. J’ai suivi grosso modo ce qui se passait, mais sans toujours comprendre les détails ; par exemple, quand Lincoln reconnait qu’il a joué avec la Constitution pour faire passer l’Acte d’émancipation qui libère les esclaves des rebelles.

Son secrétaire d’Etat cherche l’appui des députés démocrates battus mais qui siègent encore et leur promet des postes, Lincoln se charge de convaincre les irréductibles en mettant en avant la beauté de l’idée ; on montre alors la force d’âme du personnage. Les débats sont vigoureux, l’abolition ne veut pas dire droits civiques et l’idée que les noirs puissent voter effarouche les plus chauds partisans. Au final, l’amendement est voté, Lincoln négocie la paix en montrant qu’il ne souhaite pas mettre le Sud à genoux mais il est assassiné.

Ce film est intéressant mais il est long et bavard. A part quelques scènes d’extérieur très réalistes pour montrer les champs de batailles, le film se déroule en intérieur avec un éclairage censé rendre la faiblesse des lampes à huile mais le résultat est raté, trop sombre. N’est pas Kubrick qui veut, lui qui a fait des merveilles avec les chandelles de Barry Lindon…

Lincoln apparaît au dessus des magouilles, être lumineux qui refuse les compromissions, personnage emblématique qui sait se rendre sympathique par ses traits d’humour, politique éloquent dont les discours sont appris par cœur. Ce beau portrait est complété par quelques scènes familiales pas très convaincantes mais qui illustrent sa grandeur d’âme. Beurk, trop de beaux sentiments ; c’est écœurant de sentimentalisme ! En fait ce film m’a donné envie de lire une bonne bio de Lincoln !

Le rôle de Lincoln est tenu par Daniel Day-Lewis qui a été encensé ;  personnellement, je préfère le rôle du représentant Stevens tenu par Tommy Lee Jones, vraiment excellent.

Lincoln, film de Steven Spielberg 2013