La nuit la plus longue

Et voilà le dernier Burke, paru il y a 2 ans ; à nouveau une histoire de Dave Robicheaux. J’apprécie vraiment ces romans, le personnage évolue au fil des aventures, devient un témoin de la société américaine avec ses propres failles, sans juger ; c’est beaucoup plus que du polar.

Ce roman commence avec Katrina et se déroule dans une Nouvelle-Orléans ravagée. Ce n’est pas l’ambiance apocalyptique d’Ouragan, mais c’est tout aussi terrible. Au delà de l’histoire bien menée, le témoignage apporté par Burke est un vrai réquisitoire  :

Un ouragan de force 5 ne fait pas de quartier. […] La Nouvelle-Orléans a été systématiquement détruite, et cette destruction a commencé au début des années 1980, quand on a délibérément réduit de moitié les fonds fédéraux accordés à la ville, et que, en même temps, le crack s’est introduit dans les cités. Je laisse à d’autres le soin d’expliquer l’absence d’entretien des digues avant Katrina, et l’abandon de dizaines de milliers de personnes à leur destin. […] Selon moi, il reste un fait irrévocable : on a vu une ville de la côte Sud des Etats-Unis devenir une autre Bagdad. Si cette situation a un précédent dans l’histoire, il m’échappe.

Pendant l’ouragan, une bande de petits malfrats pillent la maison d’un bandit, tombent sur une forte somme d’argent et des pierres qu’ils s’empressent de planquer un peu plus loin. Un coup de feu tiré du voisinage abat deux des pillards qui se révèlent aussi les violeurs de la fille de la maison et le propriétaire va être au cœur des soupçons. La police de New Iberia, et Robicheaux, vient prêter main forte au NOPD totalement désorganisé après l’ouragan et il se trouve aussi que les voyous sont recherchés par Clete Purcell, l’ami de Robicheaux,  qui se trouve mêlé de près à cette histoire.

Le roman est articulé autour de la poursuite des bijoux par différents gangsters ; avec un drôle de type un peu pervers qui s’intègre à cette quête mais s’approche beaucoup trop près de la famille de Robicheaux et de sa fille Alafair.

Par rapport aux derniers que j’ai lu, celui-ci nous présente un Robicheaux plus déterminé aussi aussi plus détaché des contingences. Sa femme est morte et il s’est remarié avec une ancienne bonne-sœur ; sa coéquipière Helen Soileau est devenue sherif ; sa fille est autonome et sait se défendre ; il fait toujours la paire avec Clete mais il est plus grave, d’autant que l’environnement de mort et de désolation de la Nouvelle-Orléans post-Katrina est assez déprimant.

Un petit regret sur les tics du traducteur, ses « toits en étain » et quelques autres lourdeurs.

James Lee Burke – La nuit la plus longue, traduit par Christophe Mercier – Rivages 2011