Arab Jazz

Et non, ce n’est pas un polar ethnique !  Même s’il se passe dans le XIXe arrondissement de Paris… Le titre est un hommage au White jazz d’Ellroy et son sens argotique de « coup tordu monté par des blancs. »

J’ai aimé ce roman dès les premières pages, avec des personnages assez atypiques et attachants. Ahmed Taroudant vit en quasi reclus, se gave de « polars industriels » achetés au poids. Il est arrêté pour une dépression chronique qui dure depuis un certain temps et il émerge de cette longue hébétude à cause du meurtre de Laura Vignola, sa voisine dont il aurait pu tomber amoureux s’il avait été dans un autre état.

Il rencontre Rachel Kupferstein et Jean Hamelot, jeunes inspecteurs un peu intellos ; Rachel est vive, c’est une « femme debout » et il passe tout de suite une émotion entre elle et Ahmed ; Hamelot est plus renfermé, tourmenté et un peu barge mais ils forment une belle équipe qui a la confiance de leur supérieur, lui aussi un peu étrange.

L’histoire va tourner autour d’une bande de jeunes du quartier : quatre garçons, anciens rappeurs, qui se sont réfugiés dans l’intégrisme religieux, hassidique pour l’un, salafiste pour les autres ; et leurs sœurs qui sont amies de Laura et pas du tout dans le trip intégriste. Le roman passe aussi par New York, avec des Témoins de Jéhovah qui fricotent avec un chimiste hassidique de Brooklyn créateur du Godzwill, drogue de synthèse surpuissante qu’ils vont écouler en Europe.

Le roman a quelques faiblesses mais elles sont compensées par l’ambiance qui est créée, la personnalité des personnages et un rythme assez rapide. Et puis, un roman qui ose parler de « la ridicule pièce montée qui trône au sommet de Montmartre » ne peut pas être mauvais.

Karim Miské – Arab Jazz – Viviane Hamy 2012