Les beaux mariages

Ce roman d’Edith Wharton dresse le parcours d’une arriviste perpétuellement insatisfaite et offre le portrait de l’aristocratie de New York au tout début du XXe siècle.

Les Spragg, riche famille d’Apex (a priori au fin fond de la Caroline), s’installent à New York pour que le père gère ses affaires à Wall Street alors que leur fille Ondine rêve de côtoyer la haute bourgeoisie dont elle connait les faits par les gazettes. Ondine est une fille gâtée qui ne supporte pas qu’on lui résiste et elle réussit à mettre le grappin sur Ralph Marvell, rejeton d’une famille ancienne, donc très chic, mais désargentée.

La famille de Ralph habite à Washington Square, elle reste assez traditionnelle et attachée à des valeurs désuètes alors qu’Ondine est fascinée par les nouveaux riches de la 5e avenue. Pour soutenir son ambition, elle divorce de Ralph mais échoue à mettre la main sur Peter van Degen. Elle se rattrape en épousant le marquis Raymond de  Chelles qui lui ouvre les portes du Faubourg Saint Germain. Une fois encore, elle est bridée dans son insatiable appétit par le poids des traditions de la noblesse et un manque d’argent chronique.
Elle finit par s’allier à Elmer Moffat, un homme qui lui ressemble et qu’elle a connu à Apex. Après bien des vicissitudes et des coups tordus, Moffat est richissime ; il l’installe enfin sur la 5e avenue.

Ondine Spragg est une insupportable égoïste, une bimbo rapace que l’on verrait de nos jours dans les torchons people ou faire de la téléréalité. Je n’ai pas complètement accroché à ce roman à cause de ce personnage fort antipathique. Au début j’ai cru que c’était une adorable idiote, en fait c’est une pétasse d’une bêtise et d’une inculture démesurées.

En revanche, j’ai apprécié l’analyse de Wharton des mondes où elle évolue. D’abord New York, avec l’opposition entre la vieille bourgeoisie et l’aristocratie financière ou les faiseurs d’argent. Le portait de Ralph est assez typique : « Rien dans la tradition [de la famille] ne s’opposait à cet amateurisme. Depuis quatre ou cinq générations, le règle voulait qu’un jeune homme allât à Columbia ou Harvard, fît son droit, puis tombât dans une oisiveté plus ou moins cultivée. Le seul impératif était qu’il vécût « en gentilhomme », c’est-à-dire qu’il pratiquât un dédain serein de l’argent gagné, une disponibilité passive aux sensations les plus délicates, un ou deux principes établis sur la qualité du vin et un probité archaïque, n’ayant pas encore appris à distinguer l’honneur personnel de l’honneur en affaires. »

Tout ce beau monde passe la « saison » en Europe et à Paris, c’est là que Ondine rencontre son futur mari. Là encore, la description des coutumes du faubourg Saint Germain est pertinente. Bien sûr les deux monde n’arrivent pas à se fondre, au mieux ils se côtoient ;  les contrastes et les oppositions s’estompent lorsqu’une riche américaine épouse un fils de famille ruiné.

Je ne suis pas enthousiaste sur ce roman, sans doute que le vide et la rapacité par les personnages y sont pour beaucoup. C’est résumé par une phrase de Moffat à Ondine « Je veux ce qu’il y a de mieux, vous savez ; ce n’est pas pour passer devant les autres, mais parce que je sais quand je le vois. Je pense que c’est une raison valable, conclut-il. C’est ce que vous avez toujours cherché, non ? »

Edith Wharton – Les beaux mariages, traduit par Suzanne Mayoux – La Découverte 2003