En Etrurie

Cet été, c’était retour en Toscane. Nous avons découvert la Toscane maritime et la Maremme, en bord de mer Tyrrhénienne, face à l’île d’Elbe. Cette partie de Toscane correspond aux Monts métallifères dont le nom évoque la richesse du sous-sol,  exploité depuis l’Antiquité. Ce paysage est plus montagneux que le Chianti ou les collines de Sienne.

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De nombreux villages médiévaux, perchés dans les hauteurs mais peu de villes : Massa Marittima est un gros bourg très sympathique et si Grossetto est une préfecture, sa vieille ville n’est pas bien grande. La configuration montagneuse du paysage et les petites routes n’ont pas favorisé les déplacements : Sienne est à 80 km de Massa Marittima, mais à 1h30 de voiture… La région est bordée par une mer superbe qui aligne de jolies baies et nous avons privilégié la mer aux églises et musées.

La Toscane s’appelait Etrurie à l’époque romaine et Napoléon a transformé le Grand-Duché de Toscane en Royaume d’Etrurie. Où que l’on aille, on se confronte à un héritage étrusque au travers de l’origine de villes ou villages, de la métallurgie…  Nous avions déjà visité le beau musée étrusque de Volterra, nous avons fait une virée dans le Lazio (Latium) pour découvrir la nécropole étrusque de Tarquinia.

Les Etrusques nous fascinent mais en même temps nous savons assez peu de choses sur eux. La grande période étrusque se situe entre le VIIe et le VIe siècle avant JC, avant de perdre de l’importance et d’être finalement absorbés par Rome. J’ai longtemps cru que les Romains avaient volontairement gommé toute trace de cette civilisation, ce n’est pas aussi simple.

Les Etrusques sont apparus dans un territoire bordé par l’Arno au Nord, le Tibre au sud et les Appenins à l’Est. Leur développement les a ensuite amenés dans la plaine du Po, dans le Latium et en Campanie jusqu’à la plaine de Salerne.

Les Etrusques se sont sans doute agrégés à un peuple italique préexistant mais leur origine est incertaine. Hérodote les fait venir de la côte lydienne au XIII/XIIe siècle, après la chute de Troie ; d’autres sources pensent que ce sont des Pélasges qui viennent de la mer Egée. Ils sont sans doute arrivés au VIIIe siècle et sont précédés par une civilisation villanovienne qui brûlait ses morts alors que les Etrusques les enterraient ; ce rite funéraire fait penser qu’ils sont indo-européens, mais le peu que l’on sait de leur langue ne confirme pas totalement cette hypothèse.

La légende  parle du peuple du roi Atys, situé en Lydie  entre Smyrne et Sardes (la cité de Crésus). La famine leur fait créer les jeux de dés pour tromper leur faim jusqu’à ce qu’une partie de la population s’exile sous la conduite de Tyrrhénos, le fils d’Atys. Arrivés en Italie, il prennent le nom de Tyrrhéniens en hommage à leur chef ; c’est sous ce nom que les Grecs les appellent alors que les Romains les nomment Etrusci ou Tusci, ce qui donnera Toscan. Eux se nommaient Rasena, à rapprocher des Rhètes, peuple italique ?

Aux VIIe et VIe siècles, les Etrusques se sont partagés le contrôle de la Méditerranée avec les Grecs et les Carthaginois, la mer de Toscane est donc la mer Thyrrhénienne. Leur expansion leur permettait aussi de contrôler la mer de  l’autre coté de l’Italie et l’Adriatique tire son nom de la ville étrusque Atria, située en Vénétie.

Bien que traités de pirates par les Grecs, les Etrusques avaient développé une réelle économie basée sur l’agriculture et la métallurgie. Les mines de l’île d’Elbe (le nom vient de Ilva, fer en étrusque) ou des Monts Métallifères permettaient une industrie florissante. L’activité métallurgique de Piombino découle en droite ligne des fonderies de Populonia.

Les Etrusques étaient bâtisseurs de villes : Arezzo, Fiésole, Volterra, Pérouse, Capoue, Bologne, Ravenne et même Milan sont des villes créées par eux. L’organisation sociale était basée sur une classe aristocratique qui dominait la plèbe et dirigée par un Lucumon, assimilé à un roi. Il n’y avait pas d’Etat étrusque ni d’empire avec un seul chef mais des fédérations de villes.

Nous connaissons principalement leur civilisation par ce qui a été trouvé dans les tombes. Ils façonnaient l’argile, le bronze ou l’or. Les vases et plats de céramiques peints ressemblent énormément aux objets grecs ; en revanche les statues de bronzes sont tout à fait originales et certaines font penser à des Giacometti. Les tombeaux sont peints de fresques et abritaient des sarcophages qui représentaient les défunts ; c’est là que l’on voit le mieux les portraits étrusques aux traits typiques qui donnent le fameux « sourire étrusque ».

Les Etrusques sont sans doute le résultat d’une fusion entre un peuple autochtone et des migrants, il en va de même pour les Romains : le Troyen Enée arrive dans le Latium, s’allie aux Latins et lutte contre des Etrusques. Les Romains prirent leur indépendance en 509, en mettant fin à la royauté du roi Etrusque Tarquin le superbe.

Les Etrusques avaient déjà perdu leur influence dans le Latium avec la chute de Tarquin, leur expansion s’est arrêtée en 474 avec la défaite devant Cumes. Le siège et la prise de Veies en 396 par les Romains marque le début d’une lente invasion qui se termine avec la chute de Volterra 300 ans plus tard. En 80, les Etrusques deviennent citoyens romains et en 40 le pays étrusque est intégré à Rome et devint la VIIe région romaine.

Même si les Romains prennent leur indépendance politique, leurs habitudes culturelles et cultuelles restent très imprégnées de la culture étrusque. La fondation de Rome se fait selon leurs rites : les haruspices, le sillon, et la fameuse Louve romaine est une statue étrusque, on lui a juste ajouté les bambins ultérieurement. La cité romaine de plan orthogonal avec le cardo et le decumanus est aussi leur héritage.
Le roi Etrusque Servius Tullius a apporté la constitution servienne qui est la base du droit romain, notre législation est donc inspirée par les Etrusques !

Les symboles du pouvoir romain étaient ceux des chefs étrusques : couronne en or, manteau de pourpre et sceptre dominé par un aigle ; les faisceaux de licteurs précédaient déjà les lucumons et montrent les différentes formes de pouvoir : les verges pour la justice, la hache pour la guerre et la religion (utilisée pour sacrifier aux dieux).
La fameuse légion romaine leur doit tout autant : la formation en tortue ; les trompettes de guerre ; le triomphe…. Le plan des maisons romaines à atrium et les banquets sont aussi un héritage étrusque…. Et même l’alphabet latin dérive plutôt de l’étrusque que du grec.

Le Musée du Louvre a une très belle section étrusque, avec des sarcophages très émouvants et une expo va se dérouler à l’automne au musée Maillol. En Italie, le musée de Volterra est intéressant, celui de Tarquinia est très moyen ; de nombreuses villes proposent aussi un musée ou une section étrusque dans le musée local, l’intérêt n’est pas toujours là. Les deux grands sites abritant les œuvres majeures semblent être le Musée archéologique national de Florence, qui abrite la célèbre Chimère d’Arezzo, et celui de la villa Giulia à Rome, à ajouter à la liste des destinations à envisager.