La malédiction des colombes

Ne vous fiez pas à la 4e de couverture, ce livre est beaucoup plus complexe qu’une simple histoire de colombes ou le récit d’un grand-père en 1966. Erdrich nous emmène en Dakota du Nord et ses personnages nous racontent l’histoire du pays au travers de leurs aventures familiales.

Le roman est structuré autour des récits de personnages différents qui rapportent des bouts d’histoires différents et complémentaires. Je garde l’adjectif « choral » pour dire le mal que je pense de certains livres ; ici il faudrait plutôt parler de polyphonique, voire de symphonique, tellement les différents personnages se répondent bien, s’enrichissent et s’éclairent. Le livre peut paraître déroutant car les protagonistes ne sont pas dans le même temps et mêlent l’histoire de leurs proches à celle de la région mais c’est aussi la force de ce livre.

Les Indiens Ojibwés vivent sur la réserve, les Blancs à la ville. Les notables de Pluto sont les descendants des premiers prospecteurs et spéculateurs arrivés à la fin du XIXe dans l’espoir de profiter du train qui arriverait mais les deux mondes ne sont pas si séparés que cela et la plupart des personnages sont métis, descendants de trappeurs ou d’explorateurs.

Coté blancs, la légende commence avec les prospecteurs qui établiront la ville ; côté indien, on n’oublie pas que l’on vient du Canada, les ancêtres ayant été partisans de Riel et de son utopie durement réprimée. Evelina vit avec ses parents et son grand-père -Moochum- sur la réserve. C’est ce grand-père qui va être le fil du roman, lui qui a échappé à la pendaison dans sa jeunesse.

Louise Erdrich nous offre des personnages tout à fait pittoresques et très attachants. Que ce soit Moochum, son frère, le prêtre alcoolique, le prédicateur inquiétant, le juge Couts, chacun a une personnalité forte et apporte une histoire. La force de ce livre est de les confronter et de montrer que rien ne s’oublie, que chaque bout de vie a un impact sur le déroulement de l’histoire.

Louise Erdrich – La malédiction des colombes, traduit par Isabelle Reinharez – Albin Michel 2010