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Le Cuisinier

Réfugié tamoul qui vit en Suisse, Maravan est plongeur dans un grand restaurant. Cuisinier de formation, il observe et consacre ses loisirs à des expériences de cuisine moléculaire.

Viré de la brigade pour avoir emprunté un « rotovapeur » qui lui a permis de faire une démonstration à sa collègue Andrea, celle-ci l’entraîne dans la création d’une structure de repas à domicile. Il ne s’agit pas de n’importe quel type de menu, mais de variations moléculaires de recettes ayurvédiques qui ont la particularité d’être aphrodisiaques. Les descriptions de plats sont tout à fait sublimes, donnent vraiment envie de goûter ces réalisations extraordinaires par le goût et la forme.

Leur petit business démarre et leur fait côtoyer un milieu un peu interlope qui mêle prostitution de luxe et monde des affaires. L’histoire n’est pas mal menée et prend de la force lorsque Maravan est invité par les Tigres tamouls à contribuer à la guerre. Bien qu’un peu solitaire, il ne veut pas être en marge de la communauté et se résout à verser sa quote-part, et il y est d’autant plus incité qu’un chantage se noue autour de son neveu. Ce n’est pas un roman ethnique mais le rapport de l’émigré avec son pays d’origine, les regrets, les différences de point de vue sont pas mal rendus et tout à fait crédibles. De même, Maravan tombe amoureux d’une tamoule qui n’a connu que la Suisse et se révolte contre le poids des traditions. Il y a un joli passage où il explique qu’il ne peux pas l’épouser car elle est d’une autre caste et quand on lui rétorque que les castes sont abolies, il répond qu’elle est d’une autre « caste abolie ».

Le personnage principal est tamoul, mais l’histoire se passe en Suisse et Suter en parle comme d’un pays renfermé sur lui-même comme une huître, qui a à peine entrouvert sa coquille qu’elle la referme avec la crise économique. Les Suisses ne sont pas décrits à leur avantage, au cœur de beaucoup de trafics, et le roman se termine par un complot réjouissant mené par Maravan et ses acolytes aux dépends d’un marchand d’armes.

Martin Suter – Le cuisinier, traduit par Olivier Mannoni – Bourgois 2010