La lettre à Helga

« Ce qui me frappe, c’est que je t’ai peut-être aimée, Helga, que je t’ai aimée pour vivre en fin de compte dans la souffrance et l’absence d’amour planifiée. La distance qui me séparait de toi n’a fait qu’attiser le désir de te rejoindre, mais dès que l’occasion s’en est présentée, j’ai baissé les bras sans rien vouloir sacrifier ! »

Ce petit livre est une confession amoureuse, la lettre que Bjarni Gislason écrit au soir de sa vie à la femme qu’il a aimée sans l’avouer. Bjarni tient la ferme familiale de Kokulstadir et assure les fonctions de contrôleur du fourrage de son canton. Marié à une épouse difficile, il devient amant de sa voisine Helga mais ne veut pas partir avec elle lorsqu’elle lui propose et vivra le reste de sa vie avec ce souvenir douloureux. Le comportement de ce fermier attaché à la terre de ces ancêtres s’explique aussi par le poids des habitudes.

Le roman nous plonge dans une Islande des années 40 où la modernisation commence à s’imposer mais s’oppose aux valeurs et aux traditions. La vie décrite ne fait pas du tout rêver de l’Islande, même si elle évoque une période révolue : la vie est dure, le pays hostile, le mode de vie rudimentaire (avec l’urine fermentée comme savon…) mais avec une vie sociale et communautaire développée.

L’histoire est triste et belle ; elle est assez classique mais sublimée par une très belle écriture (beau rendu de la traduction). Le récit de Bjarni Gislason de Kokulstadir est imprégné de culture islandaise, littéraire et fantastique ; l’évocation de la nature est d’une richesse poétique incroyable et ce livre est une jolie surprise.

Bergsveinn Birgisson – La lettre à Helga, traduit par Catherine Eyjolfsson – Zulma 2013