Le chemin des morts

Ce petit texte d’une cinquantaine de pages est très fort, bouleversant. Il parle d’éthique, de justice, et devrait être lu par tous les magistrats et tous les politiques.

Jeune juriste dans la fin des années 1970, le narrateur est attaché au Conseil d’Etat et s’occupe de trancher les demandes d’asile. L’Espagne post-Franco étant redevenue une démocratie, Giscard annule l’asile politique des opposants et la commission doit statuer sur le cas de quelques Basques qui refusent de retourner en Espagne.

Accéder à leur demande signifierait que la justice française ne croit pas à la réalité de la démocratie espagnole. En termes de droit, cela semble donc impossible alors même quelques signaux montrent que des groupes extrémistes sévissent encore.

Javier Ibarrategui est un des Basques qui demandent le maintien du statut de réfugié politique. Installé depuis longtemps en France, sans activité politique, il annonce clairement que sa vie sera menacée s’il retourne au pays mais qu’il accepte d’avance la décision qui sera prise. La délibération va vite, le choix est presque fait d’avance malgré l’opposition acharnée d’un des assesseurs et Ibarrategui retourne en Espagne, en application stricte du droit.

Le narrateur apprend peu après son exécution. Cette décision purement technique, prise en toute bonne foi, mais erronée le hantera tout au long de sa carrière.

Ce livre au très beau style se lit vite mais me marquera longtemps.

François Sureau – Le chemin des morts – Gallimard 2013