Le Mur, le Kabyle et le Marin

Aucun problème pour rentrer dans ce livre, le style est tout à fait adapté au combat de boxe du début, direct, efficace mais élégant.

George Crozat est policier mais surtout boxeur. Il est surnommé Le Mur pour sa capacité à encaisser, à résister aux coups et à battre ses adversaires à la 6e reprise. Il prend de l’âge mais résiste bien et le combat des premières pages le voit victorieux d’un jeune plein de promesse. Toutefois il doit penser à raccrocher les gants et n’en a pas bien envie car la boxe lui permet de se payer des à cotés, avec une préférence pour les prostituées.

Une connaissance lui offre une belle perspective de se faire de l’argent de poche, payé par des maris cocus pour effrayer des amants indélicats. A la 3e correction, il se doute que le motif est sans doute autre et il recule quand sa victime est un vieil arabe. Mais le commanditaire est un policier redoutable de la criminelle et Crozat se fait défoncer volontairement lors d’un combat pour ne pas achever la mission.

Une autre histoire s’intercale, qui se déroule en Algérie en 1957-1958. Par mesure disciplinaire, Pascal Vérini est envoyé dans un DOP (Dispositif opérationnel de protection) où les interrogatoires se font à la gégène. Avec deux autres camarades, il refuse de participer aux interrogatoires, passe deux ans difficiles dans les hurlements des suppliciés mais s’accroche à ses valeurs pacifistes et humanistes. Il se prend d’amitié pour un des supplétifs, qui est resté après avoir été torturé, mais celui-ci se révèle un agent du FLN et est envoyé à Alger pour interrogatoire. En revanche, il éprouve une haine partagée pour Rubio, un pied noir qui sert de traducteur, de bourreau, qui achève les prisonniers « qui s’enfuient » et qui aime cela. Au bout de son temps, Vérini retourne en France complètement transformé et ébranlé. Cette évocation de la Guerre d’Algérie dans ce qu’elle a de plus horrible fait penser au film « Avoir 20 ans dans les Aurès ».

La fin du roman va rapprocher les deux histoires. Crozat va se trouver entraîné dans les souvenirs d’Algérie et rencontrer Vérini. Ils vont aussi retrouver Rubio qui a été CRS et au service d’ordre du FN…

Voilà un sacré roman noir qui secoue ! Un bel hommage de l’auteur à son père et à tous les participants de la Guerre d’Algérie qui ont osé refuser. Et le rappel que cette sale guerre a laissé de sacrées traces chez les participants, ceux qui n’en parlent jamais mais ne peuvent oublier, comme les personnages de ce roman.

Antonin Varenne – Le Mur, le Kabyle et le Marin – Viviane Hamy 2011