Au pays de Dieu

Ce livre date un peu mais reste d’actualité et aide à comprendre l’Amérique profonde, celle de la « Bible Belt » qui reste profondément sudiste. Douglas Kennedy a écrit ce récit de voyage avant de se consacrer entièrement au roman et son style très vivant me donne envie d’en lire un peu plus, on m’a fortement conseillé Les charmes discrets de la vie conjugale.

Ce livre est donc le récit d’un voyage consacré aux chrétiens fondamentalistes, qui le mène de la Floride à Atlanta en passant par l’Alabama, le Tennessee, l’Arkansas et la Caroline du Sud. Même s’il passe dans des petits bleds qui semblent pas bien évolués, Kennedy reconnait que le Sud connait une vraie évolution économique et qu’il ne faut pas garder en tête la caricature des petits blancs, pauvres et incultes. La thėorie est que le Sud connaît une révolution économique grâce à la climatisation qui permet aussi de travailler lors des épouvantables chaleurs estivales.

Kennedy n’est pas pratiquant et ne va jamais faire croire à ses interlocuteurs qu’il est de leur bord mais il ne critique jamais, respecte leur foi et tente de donner des éléments de décryptage. La pensée est globalement assez manichéenne : il y a les bons qui connaissent Jésus et les autres. Les Elus connaîtront la vie éternelle, les autres seront damnés. Par contre, depuis 2000 ans, Jésus a du apprendre l’anglais et le parler avec l’accent sudiste car il recrute fort dans le coin !

Le livre commence très fort, avec le témoignage de Cathy qui milite aux Fondamentalistes anonymes après avoir réussi à échapper aux Témoins de Jehovah. Le mécanisme est fort bien décrit, c’est la théorie du complot permanent qui vise les membres de la communauté. Cependant, les différents témoignages sont ceux de chrétiens convaincus d’avoir été appelés par Jésus ; quand une communauté est un peu louche, elle est identifiée comme sectaire et plutôt rejetée par les institutions. Les rencontres nous permettent de découvrir aussi bien des télévangélistes bien installés et brassant des millions que des prêcheurs ambulants ou des petites communautés bien pauvres. On découvre le nombre de chaines de radios et de télés chrétiennes et la diversité des communautés, avec des chanteurs de heavy metal chrétien, un pasteur motard ou un ancien taulard devenu pasteur et qui se consacre aux détenus des couloirs de la mort. Baptistes, pentecôtistes, églises locales fédérées par « l’Eglise du Christ », on a toutes les nuances du fondamentalisme, certains ne veulent pas de musique pendant les offices, d’autres sont plus laxistes.

Il s’agit aussi d’un business dont le but premier est d’évangéliser le pays et de diffuser la parole du Christ, les appels au don sont omniprésents et si certains piochent dans la caisse ou évangélisent dans la position du missionnaire, la plupart des interlocuteurs sont sincères et entièrement dévoués.

Politiquement, la religion ne va pas jusqu’à mélanger les communautés : la grande lessive chrétienne continue à séparer le blanc et la couleur. Ces groupes religieux ne sont pas très progressistes, c’est le terreau sur lequel se développe le Tea Party. La vision du monde est assez étroite et peut être résumée par cette phrase :

Ce qui se passe en ce moment dans la vie religieuse de notre pays est très intéressant, parce que ce mouvement n’est pas seulement spirituel, il s’accompagne d’un réveil de la conscience politique chrétienne et repose sur deux principes de base. Le premier, c’est que Jėsus règne sur chaque aspect de la vie ; le second, c’est que la Bible fait autorité sur tous les sujets qu’elle aborde et elle les aborde tous.

On change Jėsus et la Bible par Le Coran, le Petit livre rouge ou le Capital et on a le ferment de toutes les pires atrocités du XXe siècle.

Douglas Kennedy – Au pays de Dieu, traduit par Bernard Cohen – Belfond 2004