Indian blues

Je n’aime pas trop les classements des romans en littérature nationale et la littérature américaine est trop variée pour regrouper dans un même genre des œuvres aussi dissemblables que celles de Twain, Cather ou les contemporains Banks, Irving, Morisson… En revanche, on pourrait distinguer une groupe de romanciers Indiens dont les racines imprègnent l’œuvre : Louise Erdrich, Joseph Boyden et Sherman Alexie. On pourrait mettre dans la même catégorie les policiers de Hillerman qui se passent dans la réserve Navajo.

J’ai déjà lu Indian killer et Dix petits indiens de cet auteur. Ce roman est tout aussi désespérant sur la place des Indiens dans l’Amérique contemporaine mais se lit avec plaisir grâce aux aventures tragi-comiques de ses personnages.

Thomas Build-The-Fire est un indien Spokane qui vit de peu sur la Réserve ; rêveur, conteur, il est considéré comme un peu fou. Il trouve une guitare et décide de monter un groupe avec Victor et Junior, deux autres Spokane. La guitare adopte Victor qui devient un excellent musicien et Thomas devient le chanteur-compositeur du groupe qui se baptise les Coyotte Springs. Après quelques représentations dans des bars, Chess et Checkers Warm Water se joignent à eux.

Thomas et Chess tombent amoureux alors que Victor et Junior ne courent qu’après des femmes blanches. Pour différentes raisons, la Réserve est plutôt hostile à ce groupe et les amis se sentent rejetés par les leurs. Des émissaires de Cavalerie Records leur proposent un contrat et les emmènent à New York pour un essai calamiteux. Les Coyotte rentrent chez eux : Chess, Thomas et Checkers vont quitter la Réserve, Junior se suicide Thomas reste à traîner sa pauvreté.

J’ai apprécié l’intégration du souvenir de Wounded Knee, de Custer et Sheridan, grands tueurs d’Indiens, et l’approche un peu fantastique des souvenirs de Big Mamma ou des aventures de la guitare. Ce roman décrit sans pathos, mais sans être vindicatif, la grande pauvreté des Indiens, leur manque d’avenir, l’alcoolisme qui les ravage et laisse un sentiment de grand gâchis. Le récit est parfois loufoque mais sans concessions, il se moque aussi des Blancs qui jouent l’Indien et qui prennent leur place.

Sherman Alexie – Indian Blues, traduit par Michel Lederer – Albin Michel 1997