Guerre de 14

Le 11 novembre a la bonne idée d’être un jour férié ! On en profite avec plaisir et la célébration est un peu abstraite, surtout maintenant qu’il n’y a plus de poilu.  Et comme dit Georges Brassens « moi mon colon, celle que je préfère c’est la guerre de 14-18 ! ».

Ce jour est quand même la mémoire de l’Armistice, avec un grand A comme si c’était la seule. C’est la fin d’une grande boucherie qui a tué 9 à 10 millions de soldats, sans doute plus meurtrière par son ampleur que les campagnes de Louis XIV et de Napoléon. C’est la dernière guerre « traditionnelle », non idéologique, en Occident.

On a souvent dit que le XIXe siècle s’arrêtait en 1914, et effectivement cette guerre a profondément transformé la société, avec le travail des femmes, le rapprochement des classes dans les tranchées, la fin des empires… et les germes de la 2e Guerre mondiale dans les traités de paix mal ficelés.

Cette guerre a marqué les hommes qui l’ont vécu, quelques uns en ont fait le récit. Certains romans m’ont marqués par leur force, leur puissance d’évocation de la Grande Guerre :

  • Roland Dorgelès – Les croix de bois
  • Jules Romains – Les hommes de bonne volonté : Verdun
  • Roger Martin du Gard – Les Thibault : L’été 14 et Epilogue

Dorgelès a publié son roman pendant la guerre, il reste un récit de guerre assez conventionnel (il devait être accepté par la censure).
Le roman de Jules Romains, qui fait partie du cycle des Hommes de bonne volonté, est une vraie immersion dans le vacarme et l’horreur des tranchées. Je l’ai lu il y a quelques années mais je m’en rappelle comme un grand roman, d’une grande émotion et d’un réalisme étonnant.
Les deux fils des Thibault, si dissemblables, retrouvent un destin commun à cause de la guerre. Jacques, révolté et pacifiste est tué dès le début de la guerre et nous retrouvons Antoine après l’Armistice, gazé et mourant.

D’autres ont sans doute pris cette guerre comme sujet, il me semble que l’Aurélien d’Aragon est marqué par le conflit. Encore plus étonnant, ce terrible évènement continue à inspirer des romanciers :

  • Sébastien Japrisot – Un long dimanche de fiançailles
  • Marc Dugain – La chambre des officiers
  • Joseph Boyden – Le chemin des âmes

Le livre de Japrisot prend la guerre comme prétexte, c’est un roman très agréable qui est centré sur le personnage de la jeune femme qui recherche son fiancé disparu pendant la guerre. Le livre évoque les combats, la lassitude des soldats qui va jusqu’à l’automutilation, passible du conseil de guerre.

Les deux livres suivants sont à la hauteur de leurs ainés. La chambre des officiers raconte les « gueules cassées » au travers de l’un deux, blessé au début de la guerre. Le roman évoque les horribles blessures, et les soins de la chirurgie reconstructrice débutante. Malgré ces blessures, et les décès des compagnons qui n’y résistent pas, le roman parle d’espoir, de la puissance de la vie et reste un bel hommage à la nature humaine.

J’ai lu très récemment Le chemin des âmes. J’ai été scotché par ce roman qui met en scène deux indiens Cris du Canada envoyés dans les tranchées, il y a loin de la baie d’Hudson aux champs de bataille des Ardennes !
Ce livre est un superbe roman qui se passe au retour de l’un d’eux au Canada, estropié. Il se déroule lors du voyage en pirogue vers la maison et alterne le récit d’une vieille indienne qui raconte la jeunesse des personnages et les souvenirs de guerre du héros. Nos personnages sont devenus tireurs d’élite et c’est un autre aspect des combats et de la vie des tranchées qui est raconté.

La cinéma a aussi pris cette guerre comme sujet.

Un téléfilm passé il y a quelques années montrait la stupidité des militaires : Le pantalon rouge. Le héros est une recrue qui ne trouve pas sa taille chez le fourier. On lui en trouve un a sa taille, récupéré sur un mort et encore trempé de son sang. Il refuse de le mettre… et finit au peloton d’éxécution comme insoumis.

Un film de Tavernier La vie et rien d’autre se déroule peu après la guerre. Il tourne autour de Philippe Noiret qui incarne un officier à la recherche des corps des soldats. Il rencontre deux personnages féminins, dont Sabine Azéma, à la recherche de leurs disparus et bataille contre l’Etat-major qui veut désigner le soldat inconnu.