Briand, l’Européen

Un autre volume de la collection Tribuns publiée sous l’égide de l’Assemblée nationale. Celui-ci est consacré à Aristide Briand qui n’est guère connu, si ce n’est par le nombre de rues qui portent son nom.

Le petit Aristide nait en 1862 dans un milieu modeste de Nantes, père cafetier et mère employée de maison. Boursier, il passe son bac, fait son droit à Paris et devient avocat. Il mène en même temps une activité de journaliste, engagé à gauche dans les luttes syndicales et la défense des ouvriers.

Il est républicain, socialiste réformiste proche de Jaurès et essaye plusieurs fois de se faire élire député mais n’y parviendra qu’en 1902. Elu de St Etienne, il se fait très vite remarqué par sa défense de la laïcité et devient rapporteur de la commission qui mettra en place le projet de loi sur la séparation des églises et de l’Etat. Cette loi est votée en 1905 et Briand est rapidement nommé ministre des cultes pour mettre en oeuvre son application. Grand négociateur et conciliateur, il calme le jeu et fera adopter des lois complémentaires qui finaliseront le statut. L’opposition du pape Pie X ayant été très forte et Rome ayant refusé plusieurs évolutions, nous aboutirons au statut actuel en 1908. Le projet initial prévoyait un dévolution des biens de l’Eglise à des associations cultuelles ; la querelle des inventaires a tout bloqué, la solution trouvée est de permettre une occupation des lieux de culte sans titre juridique, les monument devenant des biens communaux.

Entre temps, Briand a été nommé Président du conseil, fonction qu’il exercera 11 fois. Modéré, on dirait actuellement centriste, il continue la mise en place d’avancées sociales et fait voter en 1910 les retraites ouvrières, le congé maternité payé…

La guerre mettra en valeur un autre aspect du personnage : alors qu’il a fait sa carrière dans le social, l’éducation et la défense de la laïcité, il devient chef de guerre. Nommé à nouveau Président du conseil en 1915, il s’occupe aussi des Affaires étrangères et gardera ces postes jusqu’en 1917 avec un gouvernement ouvert aux opposants, l’Union sacrée face à l’ennemi. Son gouvernement sera le plus long de la guerre, il imposera notamment aux chefs militaires de ne pas abandonner Verdun mais Clemenceau sera le politique associé à la victoire.

Détesté par Clemenceau, il ne participera pas aux négociations des traités et sera à peine invité à la signature du Traité de Versailles. Mis à l’écart, il s’implique dans les négociations bilatérales et la création de la SDN. Au-delà de cet organisme, il veut fédérer les européens au travers d’une Union européenne. Il meurt en 1932, alors les suites de la crise de 29 et la mort de Stresseman, ministre allemand des Affaires étrangères, arrêtent ces projets.  Il est intéressant de noter le nom de son chef de cabinet : Alexis Léger, plus connu sous son nom de poète : St John Perse.

Ce petit ouvrage permet de découvrir un personnage politique de première importance mais assez méconnu. Son rôle a été essentiel pour développer une législation progressiste acceptée par le plus grand nombre. Ses dernières années ont été consacrée à la paix, ce qui lui vaut le surnom de Pèlerin de la paix et justifie sans doute qu’il soit très présent dans les communes.

Christophe Bellon – Briand, l’européen – La documentation française 2009