Le jour avant le bonheur

Un roman n’a pas besoin d’avoir beaucoup de pages pour être un grand livre, ce merveilleux livre d’Erri De Luca en est un très bon exemple.

Erri de Luca est un auteur du Sud de l’Italie, assez âpre. J’ai déjà lu Trois chevaux de lui et je retrouve dans ce nouveau roman le même art de l’ellipse et de la sobriété.

Le jour avant le bonheur est le récit d’un gamin de Naples dans l’après guerre. Orphelin, avec une mère adoptive absente, il est pris en charge par Don Gaetano, le concierge de son immeuble. Don Gaetano lui apprend à jouer à la scopa, lui raconte Naples, la guerre, lui fait découvrir la vie.

Jeune homme, le narrateur est changé par Anna, jeune femme un peu folle fiancée à un bandit. Don Gaetano lui a bien dit que cette femme n’est pas pour lui, leur relation n’est pas une relation d’amour, ils sont les instruments de leurs destins réciproques.

Le récit que fait De Luca est passionnant, les personnages sont complexes et ont une part d’ombre. Toutefois, le personnage central de son livre n’est pas dans le récit : c’est Naples : Naples, « ville espagnole qui veut un roi mais pas de gouvernement », Naples ville anarchiste.

La résistance à l’occupant, le don, la possibilité de cacher un homme poursuivi, l’amour, la haine… tout est lié à la ville. Naples agit au travers de ses personnages, cela renforce l’aspect « tragédie classique » de ce roman qui ne se dévore pas mais se déguste.

Erri De Luca – Le jour avant le bonheur, traduit de l’italien par Danièle Valin, Gallimard 2010