Le tireur

tireurSuperbe roman crépusculaire sur la fin d’une époque. Très belle ambiance, beau suspens, il n’est pas étonnant que ce livre ait été adapté au cinéma (Le dernier des géants).

Un homme souffrant rejoint El Paso depuis le Colorado, il ne veut pas être vu et prend pension chez la veuve Rogers en attendant de voir le médecin ; pas n’importe lequel : le docteur Hostetler qui lui a sauvé la vie il y a quelques années. Celui-ci lui confirme que ses douleurs sont dues à un cancer en stade terminal, qu’il n’a plus que quelques semaines à vivre, lui donne du laudanum et quelques idées sur ce qui va lui arriver.

Le malade n’est pas n’importe qui : c’est John Bernard Brooks, célèbre pour avoir tué pas mal de monde. Il est vite reconnu par Gillom, le fils de sa logeuse qui le prend pour un héros et répand la nouvelle de sa venue.

Le premier à venir le voir est le shérif, tremblant de peur mais lui enjoignant de laisser la ville tranquille. Brooks lui révèle son secret pour le tranquilliser et le bal des opportunistes commence : le croque-mort, le photographe, une ancienne maîtresse et même le coiffeur tentent de se faire de l’argent sur sa réputation.

Petit à petit, on voit le dur s’humaniser, domestiquer sa logeuse, nous faire revivre sa légende mais redevenir lui-même quand deux hommes tentent de l’attaquer. Décidé à en finir pour abréger ses souffrances, Brooks convoque quelques mauvais garçons en quête de reconnaissance pour les affronter dans un dernier duel. Cette scène est extraordinaire, le combat est homérique et on se croirait dans Il était un fois dans l’Ouest, avec le fond d’harmonica lancinant.

J’ai vraiment aimé ce petit livre, il nous plonge dans l’ambiance de la fin des westerns, au tournant du XXe siècle, dans une ville qui a soif de paraître civilisée. L’étude des caractères est très intéressante, avec le mélange de fascination et de crainte, d’envie et de répulsion que les différentes protagonistes ressentent pour la légende vivante qui se matérialise.

Glendon Swarthout –Le tireur, traduit par Laura Derajinski – Gallmeister 2012