Extorsion

extorsionEllroy est considéré comme un des grands écrivains américains contemporains, j’ai beaucoup apprécié son Quatuor de Los Angeles mais j’ai décroché à partir d’American tabloid. On a beaucoup glosé sur le souvenir de sa mère qui a été assassinée, base du Dahlia noir ; je pense surtout qu’il est bien barré et qu’il se complait dans la description des turpitudes de ses héros. Il me semble aussi très réac et pervers et qu’il aime salir pour le plaisir de jouer les justiciers moralisateurs. Quoiqu’il le critique à longueur de pages, son idole doit être Hoover, il est aussi tordu que lui.

C’était assez flagrant avec American tabloid où il raconte l’histoire des années 60 à hauteur de braguette. JFK n’était sans doute pas un modèle de fidélité conjugale mais, avec Ellroy, c’est toute l’Amérique -la Maison-Blanche, le Congrès, les syndicats- qui fraie avec la mafia, baise à couilles rabattues et se drogue à qui mieux mieux.

Contrairement aux précédents, le dernier opus d’Ellroy n’est pas un pavé mais une grosse nouvelle. En fait, c’est un outil publicitaire pour faire patienter en attendant son prochain opus, début d’une nouvelle série : on a même droit à 2 chapitres tests pour nous appâter…

Dans la nouvelle, on retrouve l’essence de l’œuvre de Ellroy avec le récit de Fred Otash, ancien flic (pourri bien sûr), détective privé, maître-chanteur et maquereau qui a alimenté en ragots la presse à scandale dans les années 50. Le style est toujours terriblement efficace mais l’histoire lasse vite, toutes les stars sont dépravées car nympho, homo ou bisexuelles, voire carrément perverses car elle couchent avec des noirs (sic)… Liz Taylor, James Dean, Lana Turner, Ava Gardner, Marlon Brando et tant d’autres sont passées à la moulinette des révélations trash. Cette évocation de la presse à scandale des années 50, basée sur les ragots et les chantages, est du niveau littéraire de ces torche-culs : peu importe la vérité, dîtes du mal, il en restera toujours un soupçon.

Ellroy est-il comme les adolescents immatures qui fantasment sur les pin-ups ou est-il devenu un vieux pervers qui n’assume pas ses envies, notamment homosexuelles, et reste fasciné par la longueur d’une bite ? Son voyeurisme, sa complaisance avec les propos racistes (anti-noirs, juifs, mexicains….), l’excès d’argot et de propos orduriers me feraient classer Ellroy comme un réac fachisant, Tartuffe reprochant aux autres les plaisirs qu’il ne peut atteindre. Mais l’autodérision et la mise en abîme de la nouvelle où il se fait traiter d’écrivain minable par son personnage me fait douter…

James Ellroy – Extorsion, traduit par Jean-Paul Gratias – Rivages 2014