Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

harper-lee-ne-tirez-pas-sur-loiseau-moqueurUnique roman de cet auteur, ce livre fait partie des livres marquants pour les Américains. Couronné par le Pulitzer en 1961, ce roman est aussi sur les listes de livres « dangereux » pour les intégristes, aux côtés d’Huckleberry Finn et de Feuilles d’herbes, le recueil de poésies de Whitmann. J’ai adoré ce livre qui parle de choses graves avec un ton léger.

Le roman se déroule en Alabama dans le milieu des années 30, il raconte 3 années de souvenirs d’enfance de Scout, une adorable petite peste de 7-8 ans.

Scout s’appelle en fait Jean Louise Finch. Elle vit à Maycomb avec son grand-frère, Jem, et son père Atticus. La famille Finch a autrefois été propriétaire terrien à Finch’s Landing ; le père est maintenant avocat et élu à la Chambre des représentants de l’Alabama. La mère est morte mais Calpurnia, la bonne noire, les surveille et s’assure que tout aille bien.

Le début du roman raconte la vie insouciante des gamins. Leur grande interrogation porte sur la famille Bradley, des voisins qui vivent reclus ; Scout commence l’école et s’y ennuie car elle sait déjà lire. La vie de ce quartier tranquille est joliment évoquée, avec les voisines Mis Maudie, Miss Rachel, le train-train d’une petite ville, l’atmosphère religieuse et rigoriste, la morale méthodiste…

Les choses évoluent quand la tante Alexandra vient s’installer chez eux. Elle vient assurer aux enfants une éducation conforme à leur monde et soulager son frère qui est confronté à une affaire un peu spéciale. L’éducation d’Alexandra doit être conforme à la vie du Sud faite de « langueur, de respect des coutumes et de bonnes manière » et la tante, par exemple, ne veut pas que les enfants fraient avec les Cunningham car « ce sont des gens biens mais pas de notre milieu. » Évidemment cela frotte un peu avec Scout, garçon manqué qui n’a pas sa langue dans sa poche…

Pendant ce temps, Atticus est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une jeune blanche. Cet homme e est un personnage formidable, plutôt libéral, qui considère que « donner à ses enfants le nom de généraux confédérés revenait à fabriquer de futurs ivrognes. » Il est très à cheval sur ses principes et c’est donc tout naturellement qu’il va défendre Tom Robinson : il n’admet pas que l’on puisse lui reprocher ou préférer un lynchage à un procès. Atticus est un être droit ; ce n’est pas un révolutionnaire, il ne cherche pas à faire changer les choses mais s’attache à la dignité humaine, ainsi il dit ne connaître « rien de plus écœurant qu’un Blanc de bas étage qui profite de l’ignorance d’un Noir. »

L’attitude d’Atticus est parfois mal perçue par son entourage, même dans sa famille, et Scout le sent bien, bien qu’elle ne comprenne pas bien ce dont il s’agit. Elle subit les réflexions de ses cousins, ce qui l’amène à se battre mais se justifie ainsi :

Il a dit que c’était un ami des nègres. Je ne sais pas très bien ce que cela veut dire, mais la façon dont Francis le disait…

Le procès arrive, enfin. Les enfants y assistent en cachette et les débats se déroulent sur une après-midi. Bob Ewell accuse Tom Robinson d’avoir violé sa fille mais l’audience remet en cause ses dires. Au final, Tom est condamné en première instance et Atticus est plutôt satisfait d’avoir pu semer le doute, que le délibéré ait duré quelques heures et non pas quelques minutes. Atticus promet de tout faire pour sauver Tom mais celui-ci va être tué pour tentative de fuite de sa prison.

Les enfants, surtout Jem, vont être perturbés par le résultat du procès et découvrent leur monde sous un autre œil. Bob Ewell, furieux d’avoir été ridiculisé lors du procès, va s’attacher à se venger et finira tué après s’être attaqué aux enfants. Ewell est l’archétype du petit blanc assisté qui déteste tout le monde, surtout les Noirs.

Ce roman m’a emballé pour son humour et son style, pour ses personnages très bien campés, pour son histoire très forte. J’ai aussi adoré la restitution de l’ambiance de cette ville du Sud, avec la crise à peine évoquée mais présente. Ce livre n’est pas moralisateur ni manichéen mais il met en scène l’injustice des a priori contre les Noirs, la méchanceté environnante et les préjugés de la société. Le récit fait par une petite fille donne du recul et un ton léger, il en résulte un roman d’apprentissage humaniste.

Et en plus les héros s’appellent Finch (Pinson), comment ne pas se sentir proches d’eux !

Harper Lee – Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, traduit par Isabelle Stoïanov, revu par Isabelle Hausser – Fallois 2005