Le passage de la ligne

Monde-de-Simenon-197x300Le passage de ligne évoqué dans le titre n’est pas le passage de l’équateur mais le changement de catégorie sociale qui affecte la vie d’un homme. A 50 ans, Steve Adams retrace son histoire et revient sur ses « passages ».

Steve Adams est né d’un père anglais et d’une mère normande. Il passe sa petite enfance chez ses grands-parents dans un petit bled de la campagne avant de rejoindre sa mère. Les oncles et tantes sont tous partis se placer à la ville et Simenon décrit la vie de petites gens de la campagne au début du XXe siècle, où chacun s’en va se placer pour monter petit à petit dans l’échelle sociale. La mère, devenue gouvernante d’un magistrat, sort un peu du lot mais le personnage est peu aimable, pas chaleureuse et âpre au gain.

Juste avant de passer son bac, Steve abandonne les études et monte à Paris. Ce jeune homme assez solitaire passe son temps à observer, la rue, les gens… Il trouve un place de coursier, d’abord chez un épicier puis chez un papetier, ce qui lui permet de continuer de découvrir Paris, observer les gens. Lassé de son travail, il abandonne et va rencontrer Haags qui va lui faire découvrir une autre vie, nous sommes alors dans les années 30.

Haags fait découvrir à Adams le monde de la bourgeoisie, des palaces. Ce mentor le fait entrer dans ce milieu, lui en donne les codes et s’en sert comme assistant pour repérer des lieux et des habitudes afin d’organiser des vols de bijoux. Leur duo dure quelques temps et quand il est  interrompu par des soupçons policiers, Steve a de l’argent devant lui.

Il continue à fréquenter ce monde de luxe et organise sa vie autour du Fouquet’s avant de devenir secrétaire d’une femme richissime qui des entreprises, un journal, brasse des affaire… Steve découvre alors les vrais enjeux du pouvoir, l’importance des réseaux.

Cette aventure est arrêtée par la guerre qu’il fait dans la marine anglaise. De retour à Paris après-guerre, il monte un agence de publicité florissante. Marié à une jeune fille de la bonne bourgeoisie, il fuit sa routine, devient antiquaire à Hyères alors que sa femme le poursuit pour récupérer sa fortune. Cette dernière partie est tracée à grands traits et permet juste de situer l’antagonisme avec sa vie récente.

Simenon est vraiment fort, il arrive à rendre intéressant un personnage assez détestable, que l’on peut assez facilement qualifier de sale type. En même temps, son détachement en fait un spectateur de sa propre vie et un observateur de choix.

Ce roman sociologique nous décrit une France populaire de la première moitié du XXe siècle, à la campagne et à la ville ; dans ce contexte, l’histoire de Steve Adams a peu d’importance, elle sert juste de fil rouge. S’il est assez cynique sur la vie à la campagne et en province,  il faire revivre un Paris disparu aux quartiers typiques, chacun avec une population bien différenciée, avec ses petits boulots et la prostitution omniprésente. Il insiste sur les détails qui permettaient de repérer les gens en fonction de leur quartier, de leur habillement et rend longuement l’ambiance du Moulin Rouge, bal où toutes les catégories sociales se croisent.

Simenon – Le passage de la ligne 1958