Sartoris

9782070108060Aussi bizarre que cela paraisse, je n’ai jamais lu de Faulkner alors qu’il fait partie des grands écrivains américains, nobélisé. Quand on lui demandait par quel roman commencer son œuvre, il conseillait Sartoris, roman qui contient les différents thèmes et personnages de ses romans.

Sartoris, version aboutie d’un romain qui devait s’appeler Etendards dans la poussière, se passe dans une petite ville du Mississippi. L’action se déroule à partir de 1919, avec le retour du front de l’aviateur Bayard Sartoris mais fait appel en permanence à l’histoire de la famille marquée par les hauts faits du général John Sartoris pendant la guerre de Sécession. La spécificité des Sartoris est qu’aucun homme n’est mort dans son lit, ce qui les fait traiter de têtes brulées et de solennels imbéciles par la Tante Jenny, véritable pilier de la famille sur plusieurs générations.

Le jeune Bayard Sartoris revient dévasté du front où il a vu mourir John, son jumeau, sans être capable de le secourir et il développe une tendance suicidaire en parcourant à toute vitesse la campagne au volant de sa voiture. Son grand-père, nommé aussi Bayard, l’accompagne dans le but de calmer ses ardeurs mais en vain. Bayard a perdu sa femme et son fils pendant la guerre et va séduire Narcissa Benbow mais l’abandonne peu après le mariage pour parcourir les Etats-Unis et finit par mourir en essayant un avion.

A côté de cette histoire de héros désespéré et suicidaire, il y a toute la vie de cette famille et de cette ville du Sud. Pour chacun, la guerre de Sécession est encore présente avec son histoire et ses héros, la haine des Yankees et de l’État fédéral. Les Sartoris sont servis par une famille de Noirs, plus tout  fait esclaves pas mais loin, avec le vieux Simon qui cherche à en faire le moins possible et le jeune Isom, jardinier attitré de Tante Jenny, pas très futé.

Faulkner rend parfaitement l’atmosphère de cette ville, les petites histoires des uns et des autres, la vie du Sud éternel mais j’ai été un peu perdu par certains passages où il place des personnages, les Snopes et les MacCallum, et en parle comme si nous connaissions tout de leur passé et de leurs histoires. J’ai parfois eu l’impression d’être invité dans une conversation où les gens parlent de proches qui leur sont intimes mais nous sont inconnus, pas très confortable.

Ce roman n’est pas d’accès aisé ; le style est ample, très travaillé avec des descriptions admirables mais les digressions, la lenteur du récit rendent son abord un peu compliqué, nécessitent une concentration importante. Il faut être tout à fait disponible pour entrer dans cette histoire et ce style, je m’y suis repris à plusieurs reprises mais j’avais très envie d’aller au bout car il y a un monde particulier à découvrir dans ce roman.

William Faulkner – Sartoris, traduit par Maurice-Edgar Coindreau, Henri Delgove et René-Noël Raimbault, revu par Michel Gresset – Gallimard