Ils sont tous Charlie

bd_charlieIl y a un mois que les attentats ont secoué la France. L’émotion a été forte et, une fois la stupeur passée, la réflexion commence sur nos choix de société et la ligne qui doit être menée vis à vis de l’intolérance, sous toutes ses formes.

Dans le même temps, on parle enfin différemment des musulmans et on leur reconnait un rôle en tant que citoyens responsables et capables d’agir en conformité avec la loi et notamment la laïcité. Peut-être que les français vont enfin s’intéresser à l’Islam et ne plus confondre les adjectifs « islamique » et « terroriste ».

On s’aperçoit aussi que notre laïcité est difficilement exportable et que le secularism anglo-saxon en est assez loin. Il faut dire que le fait religieux est toujours très présent chez eux, avec un président qui jure sur la Bible, des culs-bénits qui imposent leur loi au prétexte de la liberté de conscience.
Notre héritage des Lumières nous autorise à nous moquer de tout, pouvoir et religion, cela fait une grosse différence. L’usage de la caricature est lié à cette tradition ; dans l’acception française, une caricature n’est pas une offense et encore moins un blasphème, surtout qu’il n’est pas obligatoire de lire le journal où elle parait.

L’attentat odieux de Charlie Hebdo a fait réagir de nombreux dessinateurs et les éditeurs français publient un recueil de près de 200 dessins en hommage à la liberté d’expression. Comme lors de l’édition des Versets sataniques, ce recueil est publié de façon solidaire par tous les éditeurs du secteur et les profits seront versés aux familles des victimes des attentats du 7, 8 et 9 janvier 2015. Le premier tirage de cet album est de 100.000 exemplaires, d’autres dessins sont accessibles sur la page FB du Festival d’Angoulême les premiers  ici [clic] et la liste continue là [clic].

JE-SUIS-CHARLIE J’ai été étonné de l’impact international de ces attentats, notamment des messages que j’ai pu recevoir de collègues étrangers, de la mobilisation des éditeurs de tous pays en faveur de la liberté d’expression, et cela même dans la presse professionnelle ou scientifique. Le journal de gynécologie, organe de publication scientifique des gynécologues et obstétriciens français rappelle que les extrémistes qui combattent la liberté sont aussi ceux qui ne respectent pas les femmes.

Les populations que nous suivons, traitons, accouchons, sont les plus fragiles et les plus sacrifiées dans les pays où la liberté d’expression est muselée, voire inexistante. Les droits de la femme, de la mère, des nouveau-nés sont méprisés et bafoués par les mutilations génitales, les mariages forcés d’adolescentes, l’interdiction à l’éducation et à l’autonomie dans des pays où le droit de s’exprimer n’est donné qu’aux plus forts, les hommes.

Notre profession défend le droit de ces populations et leur dignité, et ce combat passe aussi par la liberté d’expression.

Défendre la liberté d’expression, c’est également défendre les droits des plus faibles. C’est aussi le rôle des médecins.

Pendant que Les dossiers de l’obstétrique se ridiculisent avec un édito qui veut faire croire que le refus d’accord sur des revendications catégorielles est une atteinte à l’esprit d’unité nationale et à la solidarité exprimée par l’adoption du slogan « Je suis Charlie », la revue médicale britannique The Lancet manifeste sa pleine solidarité avec Charlie hebdo et publie un brillant édito, véritable plaidoyer pour la liberté d’expression. Pour faire bref, The Lancet rappelle le droit fondamental des journaux, même médicaux, à critiquer et débattre, quitte à choquer.
« They were killed in the very act of exercising their liberty of opinion and originality of expression. The attack was a terrifyingly direct assault on their long-enshrined freedoms. This threat to liberty is not confined to France. Too many governments and extremists prefer to silence critical voices through violence or intimidation. We have experienced intimidation ourselves at various times in our history. The risk is a culture of self-censorship, political correctness, and an aversion to truth-telling.
The role of journals, including medical journals, is to provoke, criticise, and debate—even to offend—as well as to report, explain, and interpret. Article 2 of France’s Declaration asserts the right to “liberty, property, security, and resistance to oppression”. In defence of our collective right to resist those who seek to destroy our liberties, we stand side-by-side journalists at Charlie Hebdo. »