Une infinie tristesse

Une-infinie-tristesseIl y a longtemps  que je n’ai pas lu de romanciers sud-américains et j’avais oublié ce que pouvait être une écriture baroque ; j’ai eu du mal à commencer ce livre, reprenant les phrases plusieurs fois pour en saisir tous le sens mais au bout de quelques pages, je me suis laissé emporté par cette vague de fantaisie.

Ce roman raconte la saga d’une famille péruvienne qui traverse le XXe siècle. On commence par évoquer don Tadeo, le bisaïeul, vieillard indigne de 104 ans. C’est le créateur de la fortune basée sur la mine, l’agriculture et la banque mais le récit ne s’attarde pas tellement sur lui, il permet juste de mettre en place les relations familiales assez complexes avec des branches Bassombrío, Wingfield ou Gastañeta.

On s’attarde beaucoup plus sur son fils, don Fermìn Antonio de Ontañeta Tristàn et son épouse doña Madamina. Ce caballero est un financier puissant mais aussi un coureur impénitent qui a les clés de presque toutes les villas de Lima et doit parfois s’enfuir piteusement pour échapper aux maris jaloux. Chef de clan, plus gros contribuable de son pays, il veille sur ses cousins et amis désargentés, donne du travail aux uns, héberge les autres et régente tout.

Père de deux filles, il se prend d’affection pour son neveu José Ramón de Ontañeta Wingfield qui est tout son opposé. José Ramón a roulé sa bosse comme marin, rejette la particule et le luxe mais finit par épouser María Magdalena et travailler à la banque où il devient l’adjoint de son beau-père. A la suite d’une histoire un peu sordide où deux de leurs cousins sont tués, un conflit violent les oppose et Fermìn Antonio veut accaparer son petit-fils.

La situation se dénoue rapidement, avec la mort du patriarche. José Ramón reprend les rênes des affaires qui ne sont plus si florissantes et se consacre tout entier à la banque. Il assure la prospérité de sa famille élargie et prend notamment en charge sa belle-sœur María Isabel mariée à l’incapable et alcoolique Klaus Hans von Schulten Canavaro. Ce couple sombre peu à peu dans une folie renforcée par les méfaits de leur fils adoptif surnommé Ordure, puis Dépotoir.

La génération suivante ne brillera pas : si Rosa María est équilibrée, le fils de José Ramón et María Magdalena, Federico, devient un parasite inactif et noceur, un coureur qui se tue accidentellement en fuyant un mari trompé ; Magdalena est dépressive, raciste et méchante, jalouse de sa mère et finit par épouser un basque un peu louche et gauchiste. La famille est ruinée par la nationalisation de la banque et José Ramón meurt octogénaire à Paris où il s’est réfugié avec son épouse.

Les personnages hors du commun, les situations parfois loufoques apportent le sel à ce roman qui nous fait vivre une famille assez extraordinaire, la fin d’une aristocratie désuète. Le style peut sans doute désorienter et il faut le lire au calme (ce n’est pas un livre pour le métro !) mais il vaut vraiment la peine d’insister si les premières pages déroutent.

Alfedo Bryce Echenique – Une infinie tristesse, traduit par Jean-Marie Saint-Lu – Métaillé 2015