L’étrange défaite

Etrange défaiteJe connaissais le nom de Marc Bloch en l’associant à la création des Annales, revue créée dans les années 30 qui aborde l’histoire sous un angle économique et sociologique. Braudel, qui en sera le rédacteur en chef, ou Leroy-Ladurie se réfèrent à cette approche qu’on a appelé un temps « école des Annales. »
Après les attentats de 2015,  j’ai beaucoup entendu parler de ce livre qui résonne avec notre actualité.

La partie principale de ce témoignage écrit en 1940 est le récit d’une débâcle. Ancien combattant de 14, âgé de 53 ans, Marc Bloch a souhaité être mobilisé en 39 et raconte son expérience. La Déposition d’un vaincu raconte sa guerre, le recul devant les allemands, la débandade à Dunkerque, les tentatives de créer un nouveau front en Normandie. Il analyse surtout le fonctionnement de l’armée, toujours en retard d’une stratégie, prête en 14 pour la guerre de 70 et en 39 pour celle de 14 ; victime d’une organisation sclérosée où le 2e bureau s’empresse de mettre les renseignements collectés au coffre plutôt que de les exploiter. Cette « défaite administrative » est renforcée par la bêtise des officiers, plutôt incultes, et d’une organisation inadaptée.
Il complète la narration de son expérience militaire par L’examen de conscience d’un Français qui est une critique de la société incapable de sacrifier des acquis pour la défense de la nation ; d’une presse qui ne pousse pas à la réflexion et à l’éducation ; une mise en cause de l’attitude de la bourgeoisie réactionnaire ou de nos gouvernements de « messieurs chenus ou de jeunes vieillards » incapables de penser hors du cadre, « de comprendre le surprenant ou le nouveau. »

Son engagement ne s’est pas arrêté à sa démobilisation, Bloch est entré dans la Résistance et a été fusillé en 44.  Le témoignage est complété par quelques écrits de la clandestinité : Pourquoi je suis républicain est remarquable, rappelle que nous pouvons choisir notre destin et que nous ne sommes pas conditionnés par une communauté, l’éducation ou une race. Là encore, il est très critique avec l’aristocratie qui accable le régime et, par la même, la nation qui l’a choisi ou veut absolument donner un maître au peuple, quitte à le choisir à l’étranger.

Pas de liberté sans souveraineté du peuple, c’est-à-dire sans République

Même s’il s’agit d’un témoignage, Bloch apporte sa rigueur scientifique d’historien, cela donne un récit un peu sec, pas toujours facile, mais évite le pathos. Malheureusement, bien des critiques portées sur les travers de la politique de la première partie de XXe siècle sont toujours d’actualité, les risques sont les mêmes et plus d’une fois j’ai cru lire un commentaire sur une situation actuelle. L’histoire est-elle un perpétuel recommencement ou n’a t-on vraiment rien retenu des leçons du passé ?

Marc Bloch – L’étrange défaite, témoignage écrit en 1940 – Folio histoire

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