Dans le grand cercle du monde

9782226256157Je n’ai pas encore trié les photos de vacances, quelques billets suivront plus tard. Je n’ai rien lu pendant le voyage et je n’ai pas eu de temps depuis, voici un livre que j’ai terminé juste avant de partir.

Boyden nous emmène au Canada du XVIIe siècle, nous raconte une tentative d’évangélisation par les Jésuites et, surtout, nous plonge dans le mode de vie des Indiens et de leurs luttes.

Le roman est un récit à plusieurs voix où trois personnages principaux interviennent : le Père Christophe, jésuite ; Chutes-de-Neige, une jeune Haudenosaunee (Iroquoise) capturée après le massacre de sa famille par les Wendats (Hurons), et Oiseau, le chef Wendat, qui devient son père adoptif. Chacun a un style bien identifiable et le roman avance en s’enrichissant des récits de chacun.

Cette histoire a pour cadre la lutte impitoyable des Iroquois et des Hurons, lutte de pouvoir, lutte commerciale où chacun est soutenu par une puissance coloniale différente. Pour Oiseau, il s’agit aussi d’une guerre de deuil car les Haudenosaunees ont massacré sa famille ; la capture et l’adoption d’une enfant fait partie du processus de vengeance et de compensation. Après une période de refus, cette gamine va petit à petit se sentir la fille de Oiseau et devenir une Wendat dans son cœur.

D’abord rejeté, le Jésuite va devenir le symbole de l’appui des Français qui vont permettre aux Wendats de maintenir leur suprématie commerciale et l’influence qu’elle leur procure auprès d’autres peuples. Surnommé Corbeau, son sacerdoce est bien difficile, il peine à s’adapter et surtout à convaincre car son enseignement où l’homme domine la nature est à l’opposé de la spiritualité indienne.

Boyden a un talent extraordinaire de conteur. Le récit est soutenu part la présence de personnages importants comme Renard, le frère d’armes d’Oiseau, Petite-Oie, la  guérisseuse, le jeune Porte-une-Hache… Je me suis totalement immergé dans ce village Wendat, j’ai partagé leurs bonheurs et leur craintes et, surtout, j’ai découvert leur mode de vie, leurs coutumes et leur spiritualité.

Ce roman est un bon livre, marquant, et pourtant je ne suis pas totalement enthousiaste. Ces Wendats qui peuvent être charmants sont aussi de redoutables guerriers dont la bravoure se montre dans la résistance aux tortures, car il est naturel de torturer l’ennemi capturé pour qu’il puisse montrer sa vaillance. De ce fait, tout le roman est ponctué d’évocations ou de descriptions de scènes assez atroces et, tout au long du récit, j’ai ressenti une tension, sans doute voulue, due à cette violence et cette dureté sous-jacentes et qui me laisse un peu circonspect.

Joseph Boyden – Dans le grand cercle du monde, traduit par Michel Lederer – Albin Michel 2014