Les intellectuels

Michel Winock livre un entretien passionnant dans L’Express autour des intellectuels et de leur rapport à la gauche. Celui qui a écrit le Siècle des intellectuels rappelle que ce terme est né sous l’affaire Dreyfus et que cette caste a été dénoncée dans le livre de Benda La Trahison des Clercs.

J’apprécie particulièrement ce qu’il dit de leur relation aux médias.

Une page a été tournée après la mort de Sartre (1980), d’Aron (1983) et de Foucault (1984). Les « grands intellectuels », ceux qui avaient une autorité fondée sur une œuvre, n’ont pas été remplacés. Ont pris leur place les intellectuels médiatiques, dont la réputation ne provenait pas de leur œuvre de création, mais de leur talent de scène et de micro. La « société du spectacle » a besoin de philosophes et d’écrivains pour commenter l’actualité. Les médias audiovisuels détiennent une liste de « bons clients » a leur service, pratiquement toujours les mêmes. Ceux qu’on appelle « les intellectuels » aujourd’hui se résument à cette poignée de commentateurs, les choreutes du théâtre audiovisuel. Désormais, c’est le média qui fait « l’intellectuel. »

On peut se passer aujourd’hui des « intellectuels », des contestataires, des prédicateurs : nous avons pour çà les associations et les réseaux sociaux. En revanche, un vrai travail intellectuel sera toujours nécessaire, celui-qui explique, qui tente de rendre notre monde plus intelligible. […]Voilà ce dont nous avons besoin : les penseurs plutôt que des râleurs.