Un bonheur si fragile

bonheurfragile_1L’école de Brive, avec Claude Michel ou Christian Signol, avait mis en valeur les romans ruraux, mi-romans historiques mi-saga familiales fleurant bon le terroir. C’est un genre que je n’ai pas abordé depuis longtemps et je replonge dedans avec ce roman québécois.

Premier volume d’une série de 4, ce roman parait dans une collection bien nommée « roman du terroir. » Succès au Québec, il nous est proposé en Europe par les éditions belges Kennes qui me l’ont envoyé dans le cadre d’une opération masse critique de Babelio, et que je remercie.

L’histoire se déroule en 1901 dans le village de Saint-Paul-des-Prés. On y retrouve tout ce qui fait le charme de ces sagas rurales : la nostalgie du bon vieux temps, les travaux rythmés par les saisons, la solidarité campagnarde… et un gros bonus avec un parler québécois qui rajoute une bonne dose d’exotisme. L’auteur a produit plusieurs sagas de ce type et il est qualifié de « Marcel Pagnol québécois » (par son éditeur).

L’héroïne de la série est Corinne Joyal, jeune fille de Saint-François-du-Lac, courtisée par Laurent Boisvert. Corinne épouse son prétendant et s’en va habiter dans une ferme que Laurent a achetée (fort cher) à son père. On suit l’installation du jeune couple dans sa nouvelle vie avec les péripéties de l’installation et les débuts du ménage ; l’indifférence et l’avarice de la belle-famille ; la découverte des voisins et des différents personnages du village ; les premières déceptions devant la fainéantise et l’ivrognerie de Laurent. L’hiver venu, Laurent s’en va bucheronner « aux chantiers » pour ramener une paye ; Corinne se retrouve seule mais, vaillante, va prendre en charge un orphelin et le grand-père de son homme. On quitte Corinne enceinte, dans l’attente d’un mari qui a bien l’air de s’être défilé, la suite au prochain volume…

L’intérêt du roman est aussi dans la description de la vie de ce village, la lutte d’influence de Gustave Boisvert avec le curé, l’influence de l’Église, les luttes politiques, les rites collectifs… L’histoire, assez linéaire, est agréable mais n’apporte pas beaucoup de surprises avec des personnages au caractère un peu simpliste et manichéen. Le style est descriptif, efficace et se lisant bien mais il manque tout de même un peu de chaleur, de profondeur psychologique et de contexte.

Ce premier volume annonce une série honnête, pas prise de tête pantoute. Il sort du lot grâce au langage de nos personnages ben fins qui nous parlent québécois et trouvent l’accent français prétentieux. Si j’ai vite compris que la piastre et le dollar ont la même valeur (c’est correct), j’ai eu un peu de mal à comprendre qu’une cenne, c’est un cent. Nos héros vont faire le train matin et soir (la traite) et nous ravissent avec ce langage qui chante, j’entendais l’accent en lisant.

Michel David – Un bonheur si fragile, tome 1 : L’engagement – Kennes 2015