La grande histoire de l’islam

Sciences humainesAu moment où les assassins se réclament d’une religion pour commettre et justifier des forfaits, je suis plus que jamais persuadé qu’il faut s’informer pour pouvoir comprendre, démonter leur discours et ne pas laisser des amalgames simplistes se développer, prendre le pas sur la raison et être le ferment d’un autre fascisme.

Le terrorisme djihadiste n’a rien à voir avec la religion de millions d’hommes, c’est avant tout du terrorisme se réclamant d’une idéologie qui est plutôt à rapprocher de la folie totalitaire des Khmers rouges.
Sans être complètement naïf, il ne faut pas laisser un mur de haine se lever de notre côté (il a déjà de bonnes fondations…), c’est le résultat attendu par les terroristes. La Société, en tant que corps structuré, doit avoir des réponses adaptées en termes de sécurité, de défense mais, au niveau personnel, la connaissance et la réflexion sont essentiels.

En France, l’islam est la religion des « arabes », des colonisés, des « indigènes » que l’on a jamais accepté comme des égaux, à preuve le décret Crémieux qui n’a pas donné la citoyenneté aux ressortissants musulmans d’Algérie. La violence de la décolonisation, notamment la guerre d’Algérie, a aussi laissé une trace forte et une lourde suspicion envers le monde musulman dans l’inconscient collectif. Après la lecture du livre de Tareq Oubrou, ce numéro du magazine Sciences Humaines tombe à point pour mieux comprendre le monde de l’islam.

Une partie historique retrace le développement de l’islam et tord le cou à quelques idées reçues sur la grandeur et décadence de la civilisation musulmane. Plusieurs articles mettent en évidence la diversité de l’islam, au travers des schismes, des écoles juridiques ou des courants spirituels.
La relation à la modernité et à la démocratie sont analysées et montrent que l’islam n’est pas un bloc monolithique, que les courants de pensée vont du plus obscurantiste au plus libéral et que cette multiplicité est ancienne. Un article très complet sur le salafisme en explique les variantes, sa différence par rapport aux Frères Musulmans, et permet de mieux comprendre ces mouvements réactionnaires fortement influencés par le wahhabisme saoudien mais qui ne débouchent pas obligatoirement sur le terrorisme. Un des articles de ce numéro est bien entendu consacré au développement de Daesh et l’explique autant par la religion que par le contexte politique : le conflit chiites/sunnites et la mise à l’écart de ces derniers.

Une interview de Gilles Kepel, des témoignages, une analyse de la finance islamique complètent ce tour d’horizon très complet. Ce numéro est vraiment un très bonne source pour approcher de la complexité du monde de culture musulmane, de ses évolutions et des problématiques religieuses ou sociétales.

Les grands dossiers des Sciences Humaines n° 4 – La grande histoire de l’Islam – 2015