François le Petit

1507-1J’ai arrêté de lire l’Année du Canard car ces compilations ne me faisaient plus rire tant je trouvais désespérantes les gesticulations de notre monde politique. Patrick Raimbaud les trouvent tout aussi désolantes mais son talent d’écrivain nous a régalé de chroniques annuelles lors du règne de Nicolas Ier ; après une pause, il reprend la plume pour la relation du règne de François IV le Petit. Ce livre, pastiche des mémoires de Cour, est réjouissant ; comme quoi un peu de style aide à faire passer une histoire lugubre !

Les personnages de la Cour se répartissent entre le Parti social, le Parti impérial ou le Front populiste et leurs noms ou leurs titres sont truculents : l’échevelée Madame de Prosciutto-Morizet ; la marquise de Pompatweet ; Mademoiselle de Montretout ; une série de ducs, de Meaux, de Sablé, de Nantes, d’Evry ; mais aussi le connétable de Montebourg ; l’archidiacre Wauquiez ; l’abbé Buisson ou le père Philippot, celui qui a le cauteleux d’un homme d’église. Quelques uns, tel notre monarque réjoui, sortent de l’Ena avec les promotions Croquignol, Ribouldingue et Filochard.

Dans cette première partie de règne, quelques affaires et évènements nous ont occupés :  bataille entre les ducs de Meaux et de Sablé, le destin de Cahuzac ou Thevenoud, le grand bond en arrière dit aussi le Printemps des lodens… Curieusement, les déboires de Nicolas Ier, le roi déchu à qui on doit cinq années d’hystérie, occupent une part importante des chroniques de ces premières années de règne, les quelques affaires et les péripéties du Parti impérial justifient cette relation. Abondamment cité, Nicolas est toujours affublé d’un qualificatif, rarement élogieux et il devient au fil des pages Nicolas Pisse-Vinaigre, le Maudit, le Réprouvé, le Démoli, le Névrosé, l’Excessif, l’Ulcéré, le Filou, le Futile, l’Usurier, le Vipérin, le Jaloux, le Dézingueur, le Bateleur, le Terrible, le Dispendieux, le Hautain, le Merveilleux, le Surineur, le Fourbe, le Bravache, le Naufragé, le Clinquant, le Sournois, le Retors, le Phare-de-la-Pensée, le Trublion, le Vulgaire, le Revanchard, le Hargneux, etc.

En comparaison, notre pittoresque monarque François reçoit peu de qualificatifs, et ceux qui peuvent paraître élogieux sont pleins de dérision : le Frileux, le Guerrier, l’Euphorique, le Mal-aimé, le Rusé, le Débonnaire, l’Anguille, la Félure, le Présomptueux, le Flambeur, Double-jeu, le Miteux, le Mou, le Myope, le Dormeur, l’Endormi, l’Immobile, l’Hésitant, le Flambeur, le Roublard, le Sourdingue, le Flou, l’Immobile… A ces joyeux qualificatifs, Raimbaud ajoute le portrait ravageur d’un prince aussi piètre stratège que Nicolas le Mauvais, incapable de reconnaissance, n’aimant personne en vrai. L’inadaptation au rôle est réglée en deux phrases : il devait agir et cela l’insupportait, décider n’est pas dans sa nature ou incapable de dire ce qu’il fait, le peuple en conclut qu’il ne fait rien.

Patrick Raimbaud – François le Petit, chronique d’un règne – Grasset 2016