L’histoire du Proche-Orient

histoire-proche-orientCe volume nous aide à prendre un peu de recul sur l’actualité et considérer les évènements sur un temps long. Comme les autres Atlas coédités par La Vie et Le Monde, cette Histoire du Proche-Orient nous apporte une perspective pluridisciplinaire pour comprendre le monde actuel. C’est salutaire, surtout quand l’actualité nous secoue et occasionne des débats grotesques basés sur des arguments débiles.

Déjà, la définition du Proche-Orient est sujet à débats avec une vision différente selon que l’on est français ou anglais… Cet région qui va de l’Égypte à l’Iran a pu être appelée Asie, tout simplement, Moyen-Orient ou Levant.

La première partie historique commence à l’Antiquité car c’est le berceau de plusieurs civilisations dont nous sommes les héritiers plus ou moins lointains. La sédentarisation, l’écriture, les premières villes sont liées aux civilisations sumérienne et égyptienne. Les Assyriens, les Perses ont apporté leur influence, y compris dans le judaïsme qui s’est structuré au retour d’exil, alors que l’hellénisation de l’Orient va au-delà des territoires sous contrôle des Grecs et Macédoniens. Au final, la région, y compris les royaumes de l’Arabie pré-islamique, s’est trouvée sous l’emprise de deux empires, Rome et la Perse.

Le bouleversement suivant est bien entendu l’arrivée de l’islam. La discorde et les scissions arrivent dès la succession de Mahomet alors que le Califat s’érige en empire et s’impose face aux byzantins et aux perses. La région devient arabo-musulmane avec des luttes de pouvoir permanentes et une succession de dynasties qui vont faire évoluer le centre de gravité de la région, abbassides sunnites à Bagdad contre fatimides chiites en Egypte (les Croisés vont jouer de cette opposition), Ayyoubides à Damas à la suite de Saladin puis Mamelouks en Egypte et, enfin, empire ottoman.

On peut dire que la présence occidentale débute avec Napoléon mais la chute de l’empire ottoman débute avec la défaite devant Vienne en 1683. L’empire évolue au XIXe siècle mais perd de la puissance : Caucase et Crimée passent à la Russie, Tunisie et Algérie sous domination française, l’Égypte est prise par Mehemet Ali. Conflits confessionnels au Liban (1860) et expansion wahhabite grignotent ses marges avant que l’explosion des nationalismes ne lui fasse perdre la Bulgarie, la Grèce et la Bosnie. Au règne d’Abdulhamid II, marqué par l’autocratisme, succède les Jeunes Turcs du CUP, révolutionnaires progressistes qui deviennent vite des nationalistes agressifs. Le génocide arménien est une vague de fond dans un contexte nationaliste qui commence par une première vague de violences en 1894-95 et se poursuit jusqu’au massacre de 1,2 millions de personnes en 1915. Mal préparée, l’armée ottomane perd 80 à 100.000 soldats dans le Caucase lors de l’hiver 1914-1915 ; les intellectuels arabes et kurdes et surtout les arméniens sont les boucs émissaires : en avril 1915, 120.000 arméniens sont expulsés de l’armée, les notables arméniens d’Istanbul sont éliminés et la déportation commence le 24-25 avril. Les Syro-Chaldéens qui étaient entre 550 et 700.000 ont subi le même sort avec plus de la moitié de la population éliminée, les massacres et le saccage de plus de 400 églises ont continué jusqu’en 1920.

Le paysage géopolitique actuel est issu des traités de Sèvres (1920), et surtout celui de Lausanne (1923) que la Turquie a réussi à négocier après les succès d’Atatürk : ce traité a notamment supprimé les États kurdes et arméniens prévus initialement. Pour compliquer un peu les choses, on ajoute l’accord Sykes-Picot qui sépare les zones d’influence française et anglaise et cherche à créer des États confessionnels, la déclaration Balfour qui vient partiellement contrecarrer cet accord, le lâchage des Hachémites par les Anglais qui ont préféré soutenir les Saoudiens… Le marchandage des miettes de l’empire ottoman fait sans l’accord des populations s’est conjugué à la géopolitique de l’or noir pour créer une situation explosive.

La seconde moitié du XXe siècle a vu se cristalliser la Guerre Froide dans cette région avec des modérés pro-occidentaux, souvent des monarchies conservatrices voire réactionnaires, opposés à des radicaux anti-impérialistes, républiques nationalistes arabes, défenseurs de la cause des peuples. Alors que le rêve pan-arabe porté par Nasser s’écroule avec la défaite de 67 (Guerre des 6 jours), la Syrie et l’Irak sont muselées par le parti Baath, dictatures militaires fascisantes, et le pétrole donne le pouvoir à l’Arabie.

Dans le même temps, un renouveau islamique (Sahwa) s’appuie sur les Frères Musulmans, pas toujours bien vus du pouvoir, mais prend une ampleur inégalée à la suite de la révolution iranienne de 1979. L’Arabie et les USA promeuvent les groupes islamistes qui vont faire le Jihad contre les Russes en Afghanistan mais leur créature leur échappe et devient Al Qaïda. La lutte contre cette organisation est le prétexte à l’invasion de l’Irak mais la gestion catastrophique de ce conflit crée un chaos sanglant qui aboutit à Daesch. Pour compliquer le tout, les révoltes populaires de 2011, dues à une dégradation du niveau de vie, et l’intervention occidentale en Libye créent une déstabilisation supplémentaire.

Ce volume rassemble des textes très intéressants et abordables rédigés par des universitaires reconnus, il permet de mieux comprendre les soubresauts et les grands enjeux de cette région. Au delà de la description historique, il apporte un éclairage sur les évolutions de la société, la culture, la religion : il évoque la permanence de l’esprit bédouin, l’importance et l’évolution de la langue arabe, le mythe des Mille et une nuits ou le destin d’Oum Khaltoum.

L’histoire du Proche-Orient, 10 000 ans de civilisation – La Vie & Le monde 2016

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