La vengeance des mères

9782749143293J’ai été un peu dur avec Mille femmes blanches en disant qu’il était simpliste ; c’est un livre qui m’a marqué, l’histoire est suffisamment forte pour rester bien ancrée et j’ai tout de suite repéré ce nouveau roman quand j’ai vu l’annonce de sa parution. Grâce à Babelio, j’ai pu le lire et rencontrer l’auteur.

Nous nous retrouvons donc chez les Cheyennes à la fin du XIXe. Malgré les traités signés, les Black Hills doivent être évacuées par les Indiens pour faire la place aux chercheurs d’or et aux colons ; les Blancs massacrent les bisons pour affamer les Indiens, leur faire abandonner le nomadisme, les forcer à rejoindre les réserves et récupérer leurs terres.

Mille femmes blanches se terminait sur le massacre du village de Little Wolf, récit qui pourrait être celui de Wounded Knee, et on replonge dans la vie de ces Cheyennes grâce à deux rescapées, Margaret et Susie Kelly, qui ont soif de vengeance après la mort de leurs époux indiens puis de celles de leurs filles lors de la fuite. Cette suite peut se lire sans avoir le début, il y a suffisamment d’éléments qui permettent de renouer avec l’histoire.

Après l’attaque du village, Little Wolf rejoint les réserves mais reprend son indépendance et s’enfuit rapidement. Il rejoint les Lakotas de Sitting Bull chez qui une partie des survivants s’étaient réfugiés, dont les sœurs Kelly. Ces mêmes Lakotas attaquent un train qui amène une seconde vague de femmes promises aux Indiens, tuent les soldats et capturent les femmes survivantes à l’attaque.

Sept blanches qui fuient une vie de misère arrivent ainsi et la situation leur est vite décrite par les sœurs Kelly puis Dirty Gerty, la muletière : elles doivent s’intégrer rapidement. En effet, la bande part dans le Montana, vers la rivière Big Horn, rejoindre d’autres tribus car la guerre menace avec plusieurs colonnes de soldats menées par Crook et Custer sont en route pour combattre et éliminer les Indiens.

Comme le premier, le roman est basé sur des journaux intimes. Ici, ceux des sœurs Kelly et de Molly Mc Gill, une des nouvelles. Ces récits croisés se  complètent et donnent des points de vue différents sur l’histoire, avec un style propre à chacune qui reflète bien leur personnalité. Molly est une forte personnalité que le passé a marqué. Elle sympathise avec Margaret et Susie car elles partagent la même souffrance, n’hésite pas à s’opposer frontalement à Jules Séminole, toujours aussi infâme, et séduit Hawk, le Cheyenne métissé qui déteste les blancs.

Le roman nous fait retrouver d’autres survivantes du premier roman : Sarah, qui a perdu la tête après avoir été enlevée par Séminole, et Phemie, qui organise une société de femmes guerrières. Cette société à laquelle se joint Pretty Nose, les Kelly, Molly et quelques nouvelles recrues, va être en première ligne lors de la bataille de Rosebud Creek, le 17 juin 1876. Cette bataille est le prologue historique de Little Big Horn. Le roman nous fait palpiter en racontant l’action au niveau des protagonistes, intercale le récit véridique du frère sauvé par sa sœur et finit par la capture de Pretty Nose et Molly par des Crows.
Molly est d’abord sous l’emprise de Séminole avant d’être identifiée par le capitaine Bourke qui ne trouve rien de mieux à faire que de la renvoyer dans le pénitencier d’où elle vient. Les compagnes de Molly, guidées par ineffable Lady Ann, vont à sa recherche et la fin du roman (qui devient une trilogie) permet bien des possibilités de nouvelles aventures. De même, ce roman s’arrête le 26 juin 1876, jour de la bataille de Little Big Horn, ce qui ouvre d’autres perspectives pour le 3e volet.

Ce roman a évité le piège d’être « Mille femmes blanches 2, le retour. » L’histoire, toujours racontée du point de vue des femmes blanches, met plus en avant la difficulté du métissage, concentre l’action sur les préparatifs de guerre et la bataille, intègre parfaitement le désir de vengeance des survivantes et reflète le désespoir de ces femmes qui ont perdu leurs familles et leurs enfants. C’est un bon mélange de roman d’aventures et de roman « romantique » (je n’ose dire féminin). Sa vision des Indiens est beaucoup moins violente que celles de Boyden ou Meyer, il ne veut pas présenter un sauvage noble ou méchant mais nous permet de mieux comprendre leur culture.

La mise en valeur de ces carnets par JW Dodd et sa rencontre un peu fantastique avec Molly Standing Bear est, elle aussi, prometteuse pour la fin de l’histoire que l’auteur nous annonce plus axée sur la spiritualité indienne et le chamanisme. Il reste à attendre quelques années pour la parution du dernier tome.

Jim Fergus – La vengeance des mères, traduit par Jean-Luc Piningre – Le Cherche midi 2016

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