Le bruit et la fureur

9782070108060Le Bruit et la Fureur raconte l’histoire de la famille Compson, qui fut importante à Jefferson mais dont les derniers représentants sont tout à fait « fin de race. » Le roman est structuré en 4 parties dont chacune, avec un style très différent, est centrée sur le récit d’un des rejetons. Le volume de la Pléiade intègre « L’appendice Compson » où Faulkner, quelques années après la parution du roman, dresse une notice biographique des membres de la famille et que je recommande de lire avant le roman.

C’est bien parce que ce livre est un classique que je ne l’ai pas lâché au bout de 20 pages ! La première partie est très surprenante ; quoique écrite dans les années 20 (parution 1929), elle me fait penser aux recherches formelles des écrivains des années 1970-80. En fait, il faut prendre un grande inspiration et complètement s’immerger dans ce roman, on comprend très vite le mécanisme narratif. Cette partie est consacrée aux souvenirs de Maury/Benjamin, garçon handicapé qui ne parle pas mais qui est sensible à la gentillesse de sa sœur Candace/Caddy. Son récit assez décousu mêle des souvenirs lointains et le déroulé de ses journées, les évènements assez obscurs qu’il raconte seront éclairés par la suite.

La seconde partie se déroule en 1910 et donne les clés des drames familiaux. Elle est consacrée à la dernière journée de Quentin, le fils aîné, pour qui la famille a vendu un dernier reste de patrimoine pour qu’il parte étudier à à Harvard. Il vient d’apprendre que sa sœur Caddy va se marier, cet abandon lui semble impossible et on étouffe presque à lecture de ces pages où il est obnubilé par sa sœur. On apprendra par la suite qu’il s’est suicidé.

Le troisième Compson est un monstre raciste, avare, froid et sournois : Jason, le cadet. Avec lui le style redevient normal mais cet aigri rejette sa famille dégénérée qui l’a sacrifié. Il travaille comme commis dans une quincaillerie et spécule sur le coton mais vomit les Compson, son père mort ivrogne, sa mère toujours souffrante qu’il manipule, le souvenir de Caddy, divorcée qui leur a laissé son enfant… La fin du roman donne de l’importance à Dilsey, la mama noire, et raconte la fuite de Quentin, la fille de Caddy détestée par son oncle Jason dont elle vole le magot.

En fait, tout le roman tourne autour de Caddy. Malgré son absence, elle est toujours au centre de l’histoire, regrettée par tous, y compris Jason.

Normalement, on doit s’extasier devant un auteur qui a le prix Nobel, devant ce qui est considéré comme un chef d’œuvre. En fait, j’ai eu du mal à aborder ce livre et ce n’est qu’à la fin que l’on comprend mieux les articulations et les ellipses. La psychologie des personnages de Faulkner, leurs relations, sa description d’un monde en voie de disparition donnent cependant beaucoup de force et d’intérêt à ce roman.

William Faulkner – Le bruit et la fureur, traduit par Maurice-Edgar Coindreau, revu par ME Coindreau et Michel Gresset – Gallimard