Et tu trouveras le trésor qui dort en toi

laurent-gounelle-et-tu-trouveras-le-tresor-qui-dort-en-toi-240x343Ouh là, quel titre ! Ça sent à plein nez son feel good book… la mode est aux livres de recettes pour se sentir bien : on trouve toute une livraison d’ouvrages censés donner les clés du bonheur, de la réussite ou de la résistance au stress et autres ondes négatives. Dérivés de la méthode Coué, ces livres jouent aussi avec un mysticisme light, valorisent la méditation et promeuvent des ersatz de bouddhisme, sans sa rigueur.
Je vais paraître très réac dans ce billet (c’est la période qui veut çà), mais ce sont des réponses gadgets à des soucis de riches, nombrilistes, avec un bagage insuffisant au niveau intellectuel, philosophique ou spirituel.

Déjà sceptique sur ce genre d’approche, je suis très dubitatif par rapport au titre pompeux de ce livre ; j’avoue que j’ai attaqué ce roman avec beaucoup de méfiance mais j’avais promis de le lire pour échanger dessus.
Je m’y suis plongé en espérant quand même passer un bon moment mais je m’énerve dès la 5e page avec des poncifs du genre « le café maintient l’esprit en éveil sans l’éveiller pour autant » ou « il y a beaucoup de monde chez l’opticien mais verraient-ils seulement plus clair dans leur vie ? »

Ce roman raconte les efforts d’Alice pour aider le père Jérémie, son copain d’enfance, à remplir son église ; j’espère que Gounelle a envoyé un exemplaire au Vatican car ils cherchent aussi la recette. La brave Alice, qui n’est pas pratiquante, découvre les rites catholiques et la critique des chansonnettes utilisées lors des offices est facile. Elle veut appliquer ses méthodes marketing pour attirer le chaland : la religion mesurée en termes de bénéfices consommateur, ça vaut combien de points d’audience la Vie éternelle ? Le brave curé modifie ses offices et sacrements à l’aune des méthodes de développement personnel, va faire venir du monde et s’attirer les foudres de sa hiérarchie qui le change de paroisse malgré son succès.

Tout dans ce pitch est ridicule, les personnages ne tiennent pas debout : Alice est une wonder-woman très centrée sur elle-même, qui aide son pote par défi professionnel, qui ne semble faire aucun effort pour sa vie personnelle et parait bien indifférente à son mari. Quant au curé (en soutane !), son doute n’est pas existentiel mais il a juste un problème d’affluence et de succès. En fait, il nous fait un gros péché d’orgueil masqué sous un habillage d’estime de soi. Ces deux personnages ne sont pas motivés par une spiritualité qui donne du sens à leur vie mais par un matérialisme et l’importance de leur place dans la société. Les grenouilles de bénitier sont tout aussi caricaturales, de même que l’évêque ambitieux, l’exil en Afrique est bien improbable et ne cherche qu’à renforcer la vision négative du clergé ; c’est trop excessif pour que j’y adhère, la vision présentée de l’Église et des dogmes me parait beaucoup trop éloignée de ce que j’en connait.

On pourrait excuser la faiblesse du récit si le roman développait des idées intéressantes mais je n’ai lu qu’un tas de fadaises ; quelques réflexions pourraient convaincre si Gounelle ne prenait pas comme référence une version lefebvriste du culte où l’on ne parlerait que de péché. Au fil du roman, on a donc une synthèse autour du développement personnel et de la gestion de l’ego avant d’attaquer un lecture très littérale des Évangiles. Ce roman annonce comme une grande découverte que l’on retrouve les principes religieux du Tao et de la philosophie platonicienne dans les Évangiles avant de mettre en avant l’Évangile de Thomas (qui sert aussi de référence au Da Vinci code) qu’un complot aurait écarté des textes canoniques.

Je ne suis pas du tout d’accord avec le constat que fait Gounelle, ce livre au moins le mérite de me faire réfléchir sur ma pensée religieuse. Je suis plutôt anticlérical (au sens où je refuse les catéchismes, aussi bien celui des loges ou des cellules) mais sa vision me parait totalement biaisée. Il ne doit pas savoir que Vatican II a profondément fait évoluer les choses et la dimension d’Amour du message évangélique est totalement passée sous silence ; de même, il n’y a aucune notion de transcendance dans son analyse mais juste une vision utilitariste, simpliste et superficielle, de la foi. Dès lors, c’est facile de promouvoir une approche psychologisante de la religion : « si le développement personnel manquait parfois de profondeur spirituelle, la spiritualité manquait d’outils psychologiques pour permettre aux gens d’en tirer profit dans leur vie. »

L’Évangile de Thomas est présenté comme écrit pour « une communauté qui concevait la foi comme une façon de vivre, une voie, et non comme un dogme » et dans lequel  « Jésus invitait à l’introspection, à la connaissance de soi et insistait pour dire que Dieu était à l’intérieur de soi. » L’auteur intègre une histoire de Brahma qui va dans le même sens, enchaine en disant que « cette vision d’un Dieu intérieur invite à un mélange de confiance en soi et de confiance en la vie » et propose un syncrétisme à la sauce développement personnel.

Laurent Gounelle – Et tu trouveras le trésor qui dort en toi – Kero 2016

 

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