Où est donc passé le cubitus ?

Puisque le début de l’année est la période des bonnes résolutions, on va commencer par se mettre à niveau en sciences et appeler les choses par leur nom. En effet, au risque de vous peiner, sachez que vous avez appris les choses de travers, au moins certaines, on va faire une petite révision.

Ah là là, ces programmes qui changent tout le temps ! comment voulez-vous que les profs suivent ? (air bien connu…)

A priori, on a déjà fait le rattrapage sur la création du monde et vous savez désormais que l’univers ne s’est pas fait en 6 jours. Il y a quelques cancres qui n’ont pas encore assimilé la leçon, c’est aussi à cela qu’on reconnait un fondamentaliste, quel que soit le pays ou la religion.

La leçon sur le climat n’est pas beaucoup mieux apprise et certains chasseurs de mammouths ne reconnaissent pas le rôle de l’Homme et de son activité industrielle dans le réchauffement climatique. Ils croient qu’il est uniquement dû aux émissions de méthane des ruminants (c’est leur rot et non leur pet qui est en cause !).

La leçon du jour va porter sur l’anatomie humaine. Le Quotidien du Médecin rappelait récemment que les Français se faisaient remarquer en n’appliquant pas la terminologie internationale qui est pourtant en place depuis 20 ans : les médecins apprennent les nouveaux termes mais les utilisent peu dès qu’il s’agit de communiquer avec des paramédicaux ou des patients, surtout que ce changement n’est pas enseigné en dehors du monde médical.

Mais c’est quoi cette nouvelle norme ? ne nous excitons pas, ce n’est pas une décision de Bruxelles, ni un effet de la mondialisation, juste l’aboutissement d’un processus commencé au XIXe siècle qui vise à l’uniformisation des dénominations anatomiques dans les différents pays. Les Allemands ont d’abord défini une Terminologia Anatomica, validée à Bâle en 1895, où 5000 termes ont été redéfinis en se basant sur leur origine latine. En 1955, les Anglo-saxons et les Français, jusqu’alors rétifs, ont accepté de participer à une nouvelle version, Nomina anatomica Parisiensis, qui est devenue la Terminologica Anatomica, version définitive validée en 1998.

Le but de cette classification est d’être plus précise, par exemple en redéfinissant canal et conduit, et sans noms propres. Si les chirurgiens ont largement adopté cette terminologie, son usage est beaucoup plus variable dans les autres spécialités, il semble même que certains profs de fac ne seraient pas au niveau… Pour les aider, les livres d’anatomie continuent à être bilingues et à indiquer les 2 noms, ce qui n’encourage pas à évoluer.

Le citoyen lambda pourrait ne pas se sentir concerné mais il a perdu dans l’affaire : le cubitus, l’omoplate, le péroné et la rotule ont disparu. Il n’a plus de trompe d’Eustache ni de tendon d’Achille et bien d’autres choses qu’il ne soupçonnait même pas…

Voilà quelques termes à utiliser pour vos prochaines parties de Mister Maboul, sélection très incomplète :

Ancien nom s’appelle désormais
Omoplate Scapula
Cubitus Ulna
Bassin Pelvis
Région fessière Région glutéale
Rotule Patella
Péroné Fibula
Astragale Talus
Tendon d’Achille Tendon calcanéen
Scaphoïde du tarse Os naviculaire
Gros orteil Hallux
Pyramidal Triquetum
Semi-lunaire Lunatum
Iléon Ileum
Jumeau externe Gastrocnémien chef latéral
Bec de la prostate Apex de la prostate
Canal cholédoque Conduit cholédoque
Couturier Sartorius
Trompe d’Eustache Conduit auditif

En lisant l’article du Quotidien que rappelait que les anatomistes s’étaient basés sur le latin, je n’ai pu m’empêcher de penser à Brassens et sa Tempête dans un bénitier :

Ils ne savent pas ce qu’ils perdent
Tous ces fichus calotins
Sans le latin, sans le latin
La messe nous emmerde
A la fête liturgique
Plus de grand’s pompes, soudain
Sans le latin, sans le latin
Plus de mystère magique
Le rite qui nous envoûte
S’avère alors anodin
Sans le latin, sans le latin
Et les fidèl’s s’en foutent
O très Sainte Marie mèr’ de
Dieu, dites à ces putains
De moines qu’ils nous emmerdent
Sans le latin.


Tempête dans un bénitier.

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