Des cornflakes dans le porridge

unknownLe livre est agréable mais son titre est très mauvais et inutilement accrocheur, il laisse croire à la confrontation de deux cultures. Ce livre n’est pas Un yankee à la cour du roi Artur ni une description d’un monde étrange à la Peter Mayle, c’est juste un récit de voyage.

L’auteur, américain d’origine marié à une Anglaise, vit depuis longtemps en Angleterre. Il raconte dans ce livre un tour de Grande Bretagne effectué en 1994 en n’utilisant que les transports en commun, trains et bus. Il nous promène du bord de Manche au nord de l’Écosse en passant par le pays de Galles (les villes qui ponctuaient le trajet avaient toutes des noms ressemblant au bruit que fait un chat expulsant une boule de poils : Llywyngwril, Morfa Mawdach, Lladecwyn, Dyffryn, Ardudwy).

Globalement, Bryson est très indulgent envers les anglais et plutôt amoureux de la Grande-Bretagne ; il nous évite la comparaison perpétuelle avec les États-Unis et reste ébahi de la diversité d’une île qui lui semble petite.

J’aime énormément Liverpool, c’est probablement la ville anglaise que je préfère. Mais elle donne l’impression d’avoir un passé plutôt qu’un avenir.
[…] À Liverpool, on a encore le sentiment de se trouver dans une sacré ville.

Ce parcours se déroule beaucoup à la campagne, on sent qu’il aime les paysages anglais qui « ressemblent à des illustrations de livres pour enfants, » avec des haies qui mettent les paysages en valeur, « elles sont un élément essentiel de ce qui fait l’Angleterre, sans elles ce serait juste l’Indiana avec des clochers. »
Son circuit lui fait surtout visiter des petites villes, il nous raconte leur décrépitude ou leur réussite à redynamiser une agglomération malgré la fermeture des usines. Il n’est moins tendre envers les excès de béton ou les centres commerciaux anonymes.

Oxford : C’est un ville splendide, certes, mais qui est traitée depuis beaucoup trop longtemps avec un indifférence flagrante et un incompétence lamentable, et toute personne vivant à Oxford devrait en avoir un tout petit peu honte.

Si son expérience devait servir à bâtir un itinéraire de tourisme, il est préférable de ne pas s’attarder dans les stations balnéaires mais d’aller plutôt dans le nord de l’Angleterre et surtout dans le Lake dictrict.

Le charme de cet ouvrage vient de l’humour tout britannique de son auteur. Il a une bonne dose de flegme qui lui fait supporter les hôtels miteux et nous livre des portraits bienveillants des Anglais qu’il rencontre et qu’il caractérise par  « un optimisme acharné, inlassable, qui leur permet d’appliquer une tournure de phrase positive aux pires insuffisances. »

Prévisions météo : Temps  sec et beau mais fraîchissant avec de la pluie.

Bill Bryson – Des cornflakes dans le porridge, un américain chez les anglais,  traduit par Hélène Hinfray – Payot 2016

Un petit bonus :

Mais je fus bien content de constater que Daniel’s, le grand magasin le plus fascinant de Grande-Bretagne, était toujours là. Daniel’s me fait toujours penser à ce qu’aurait été la Grande-Bretagne sous le communisme.

Il me parait regrettable -d’un point de vue planétaire, s’entend- qu’une expérience d’organisation sociale aussi importante ait été laissée aux seuls Russes quand les Britanniques s’en seraient tellement mieux sortis. Tout ce qui est nécessaire à la mise en œuvre efficace d’un régime socialiste rigoureux est en effet une seconde nature. D’abord ils aiment de priver. Ils sont très forts pour se serrer les coudes, notamment face à l’adversité, en vue de ce qu’ils perçoivent comme le bien commun. Ils font patiemment la queue pendant des heures et supportent avec une force d’âme incroyable les restrictions, les aliment insipides et les pénuries intempestives de produits de base qu’on leur impose, comme le sait quiconque a cherché du pain dans un supermarché le samedi après-midi. Ils ne sont pas gênés par les bureaucraties sans visage et ils tolèrent les dictatures, Mrs Thatcher l’a prouvé. Ils attendent des années sans se plaindre qu’on veuille bien les opérer ou leur livrer un appareil électroménager. Ils sont naturellement doués pour faire d’excellentes blagues sur l’autorité sans la remettre sérieusement en question, et voir les riches et les puissants rabaissés leur procure une satisfaction sans bornes. La plupart des plus de vingt-cinq ans s’habillent déjà comme des Allemands de l’Est. En un mot, toutes les conditions sont réunies.

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