Bernard Buffet, rétrospective

Le Musée d’Art Moderne de Paris propose un rétrospective sur Bernard Buffet ; cette expo très complète permet de mieux connaitre ce peintre. A part sa propension aux formes très géométriques et anguleuses, j’aurais été bien incapable de dire ce qu’il avait peint.

Buffet connait le succès en 1947 dès ses premières œuvres, il a à peine 20 ans ; il va être considéré comme un jeune prodige dans les années 50, comme Sagan et un peu plus tard Saint-Laurent. Du fait de la pénurie d’après-guerre, ses premières toiles sont peintes à l’économie, avec peu de pigments et sur des supports divers, mais son style est déjà bien présent, réaliste, tout en lignes et en angles, avec des tableaux de très grande taille.

Ce n’est pas désagréable à regarder mais ses personnages semblent absents, le regard vide, et sont traités quasiment comme des natures mortes (même si la Raie n’est pas très ragoutante). Tous ses sujets masculins ressemblent à des autoportraits au visage long et maigre.

Atelier, 1947
Femme au filet, 1948
Le buveur, 1948
Deux hommes dans une chambre, 1947

Le tournant des années 50 donne un peu plus de corps à ses peintures. Le portrait de  Pierre Bergé, son compagnon, est moins désincarné que ses premières œuvres. Buffet va beaucoup peindre par thèmes et l’expo présente quelques pièces de ses séries. La couleur devient très présente dans ses nouvelles peintures mais n’apporte aucune gaité, que ce soit dans sa Crucifixion ou la série Les horreurs de la guerre. Sa série sur le cirque n’est pas plus joyeuse ; sa tête de clown va devenir une icône de son œuvre mais le Clown du cirque Medrano ou ses acrobates semblent vraiment s’ennuyer.

Pierre Bergé, 1950
Les horreurs de la guerre, 1954
Tête de Clown, 1955

Peintre célébré, sujet de nombreuses expositions, son aura baissera dans les années 60 mais il poursuit une activité intense. Il se marie en 1958 avec Annabel Schwob qui deviendra sa muse et le sujet de nombreuses peintures. Annabel à la natte présenté dans cette expo est sans doute l’œuvre la plus sereine qui nous soit montrée, l’opposé de ses autoportraits. Buffet produit une œuvre abondante, dessins, illustrations ; son style désincarné se prête bien aux séries sur Paris ou les voitures.

Modèle dans l’atelier, 1956
Autoportrait sur fond noir, 1956
Annabel à la natte, 1960

J’ai trouvé sa série des Oiseaux particulièrement dérangeante, avec des animaux agressifs et la présence systématique d’une femme couchée les jambes écartées ; ses Plages ne me font pas rêver et ses Ecorchés sont cauchemardesques. Buffet va aussi s’inspirer d’œuvres littéraires comme La divine comédie ou Vingt mille lieux sous les mers.

Les plages, le parasol, 1967
L’Enfer de Dante, Damnés pris dans les glaces , 1976
Vingt mille lieux sous les mers, 1989

Buffet, atteint de la maladie de Parkinson, se suicide en 1999. Son style a évolué dans ses dernières peintures, moins précis mais tout autant agressif, sa dernière série de clowns montre des êtres démoniaques qui feraient passer le Joker de Batman pour un saint.

Mes singes, Orang-Outang femelle,1997

J’ai été intéressé par cette exposition mais c’est la première fois que je ressens une telle angoisse dans une expo. Je suis arrivé tout guilleret, content d’avoir profité du soleil d’hiver qui frappait les bulbes de la nouvelle cathédrale russe, mais je suis devenu de plus en plus dépressif au fil des salles, une de plus et j’éclatais en sanglots ! Buffet était sans doute un grand malade, il rend tout glauque, sa vision du monde est poisseuse, je suis furieux qu’il m’ait contaminé le temps de cette visite.

Bernard Buffet, Rétrospective du 14 octobre 2016 au 26 février 2017 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

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