Petit pays

Encore un livre qui évoque un grand drame, décidément mes lectures du moment ne sont pas des plus gaies. Mais là encore, le traitement de l’histoire est délicat et réussit à insérer un destin individuel dans un ensemble qui le dépasse. Gaël Faye nous livre un récit sensible de l’enfance de son narrateur (qui a beaucoup de traits communs avec lui) et des blessures que peuvent causer l’exil, le déracinement, la différence.

La grande partie du livre est un récit d’enfance, avec toute la tendre nostalgie de ce type de récit. Gaby raconte la vie avec ses copains, la plupart métis comme lui ; les petites histoires des boys employés par son père ; le départ de sa mère… Son père est un Français qui est tombée amoureux pendant sa coopération au Burundi, s’est marié et s’est installé sur place ; il se conduit comme un blanc qui réussit en Afrique, un rien raciste et méprisant. La mère est une Tsutsi dont la famille a quitté le Rwanda en 1963 lors de violences et s’est réfugiée au Burundi.

Petit à petit, on sent que l’ambiance change, l’environnement politique se durcit, les tensions entre boys s’accentuent au prétexte qu’ils ne sont pas de la même communauté. Puis les choses s’aggravent au Rwanda voisin, la famille de sa mère est massacrée alors que la situation se détériore aussi au Burundi.
Sa mère est ravagée par la mort des siens et disparait ; ses potes sont confrontés à la violence, certains prennent parti et se joignent à des bandes qui ressemblent à des gangs et entraînent Gaby vers l’innommable.

Gaby et sa sœur Ana sont alors vite envoyés en France mais le père est tué avant d’avoir pu les rejoindre. Contrairement à sa sœur qui refuse de remuer le passé, Gabriel est marqué par son enfance au Bujumbura, tourmenté par ses souvenirs du Burundi et de ce qu’il y a laissé, et finit par y retourner.

Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui paraît plus cruel.

Gaël Faye – Petit Pays – Grasset 2017

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