Transsibérien

Une compagnie d’écrivains a embarqué dans ce train, aussi mythique que l’Orient-Express, pour la célébration de l’année France-Russie, en 2010. Maylis de Kérangal en a tiré une fiction, Dominique Fernandez nous livre un récit de ses rencontres.

Les 9288 km ont été parcourus en 3 semaines, au lieu d’une semaine à l’ordinaire, ponctués de haltes et de causeries culturelles dans les grandes villes du parcours. Fernandez semble séduit par les villes qu’il traverse, il est beaucoup moins enthousiaste sur les rencontres culturelles qui sont la raison de ce périple. Il connait déjà la Russie et sa culture, il truffe son récit de références littéraires, surtout les classiques, évoque les Vieux-croyants et les décembristes exilés par les tsars, nous parle beaucoup de musique.

Comme Tesson, il est stupéfait par la taïga mais il donne juste des impressions, loin des descriptions de Makine. Il se campe dans une posture d’intello parisien, pédant, carrément insupportable quand il évoque la populace qui s’entasse dans les 2e ou 3e classes du train (qu’il traverse en apnée), un rien méprisant pour ses collègues qui ne sont pas aussi passionnés de musique que lui, très condescendant envers les troupes folkloriques. Sans rapport avec le voyage, il nous bassine avec l’homophobie des Russes et n’arrête pas de faire la pub de sa biographie de Tchaïkovski, homosexuel lui aussi. Sa biographie du Caravage (La course à l’abîme) m’avait emballée, ce récit est agréable quoique un peu superficiel et ne laissera pas de grandes traces. Quant au cahier de photos qui illustre le livre, je cherche l’objet artistique et je ne trouve que Paris Match.

La vitesse réduite du Transsibérien donne l’impression qu’on se promène à pied ou à cheval au milieu des arbres. Comme il n’y a le long de la voie ni autoroute, ni grille de protection, ni route, ni station-service, ni garage, ni hangar, ni humain, l’impression d’illimité est décuplée par la solitude immense qui enveloppe la taïga. Si intéressantes que soient les villes où l’on s’arrête, le voyage en Transsibérien, c’est d’abord le spectacle d’une nature dilatée à perte de vue et constamment dans son état sauvage.

Dominique Fernandez – Transsibérien – Livre de poche 2013

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