Les impressionnistes à Londres

Les Impressionnistes font toujours vendre, on les met en accroche mais le concept de cette belle expo est plus explicite avec son sous-titre : Artistes français en exil, 1870-1904. Elle est réalisée en collaboration avec la Tate qui a prêté pas mal d’œuvres.

La défaite de Sedan, la Commune et sa répression ont fait s’exiler à Londres de nombreux français. Quelques artistes ont quitté le marasme économique et tenté leur chance dans un marché dynamique, d’autres ont fui pour raisons politiques, pour avoir participé à la Commune de Paris. On estime que 10 000 communards ont quitté la France après 1871, dont un tiers à rejoint Londres qui bénéficie d’une image de ville libérale, qui refuse d’extrader les exilés et où une importante communauté française est déjà présente. Il n’y a pas que les peintres qui ont traversé la Manche, le marchand d’art Durand-Ruel a aussi fait la traversée avec un stock de peintures. Il crée une galerie à Londres et soutient les peintres en exil.

La première salle de l’expo montre Paris en 1871, pendant les combats et après la Commune. C’est bizarre de voir toutes ces ruines, et la peinture de Tissot montrant les exécutions est glaçante.

Isidore Pils – Soldats dans les ruines des Tuileries – 1871
James Tissot – Exécution des communards sur les fortifications du bois de Boulogne – 1871

Carpeaux, artiste fétiche du 2nd Empire, s’installe à Londres où il est déjà connu. Le pièces présentées sont admirables. J’ai été encore plus intéressé par le parcours de Jules Dalou accueilli par Alphonse Legros qui lui ouvre ses réseaux. Legros enseignait à Londres (en français) et a formé certains préraphaélites ; ses œuvres de style réaliste, surtout le Rétameur, sont intéressantes.

Carpeaux – Flore
Jules Dalou – Paysanne française allaitant son enfant

Dalou est une découverte intéressante mais cette expo m’a fait aussi connaître James Tissot, et je suis tombé sous le charme. Anglophile, Tissot avait déjà modifié son prénom et s’adapte vite au marché anglais qui aime les scènes de genre. J’aime beaucoup le regard un peu décalé qu’il apporte et son style allie un certain classicisme dans le trait à une mise en scène qui fait penser aux poses des impressionnistes.

Tissot-Too_early
James Tissot – Too Early -1873
Tissot-HMS_Calcutta
James Tissot – The Gallery of HMS Calcutta – 1876
James Tissot – Summer (Portrait) – 1876
James Tissot – The Ball on Shipboard -1874

Les tableaux exposés de Sisley, Pissaro, Whistler, Monet ont principalement la Tamise comme thème. Pissaro m’impressionne par la luminosité des ses paysages, les trois Whistler présentés sont des nocturnes  magnifiques dans des teints gris-vert.
Monet est resté peu de temps en 1871, a connu le succès en Angleterre vers 1900 où il a peint ses séries du Parlement de Londres. Outre les représentations du Parlement, dans la brume, avec effet de soleil, de nuit, il y a une vue de Leicester square qui est un vrai feu d’artifice.

Camille Pissarro – Kew greens – 1892
Camille Pissaro – Charing Cross Bridge – 1890
James Whistler, Nocturne : les lumières de Cremorne – 1876
Claude Monet – Le parlement de Londres – 1900
Claude Monet – Parlement de Londres -1904

En 1904, la France et l’Angleterre signent « l’Entente Cordiale » qui pacifie les relations  entre les deux pays. C’est aussi la date où Durand-Ruel envoie Derain à Londres dont il nous amène une toute autre image. J’aime sa vue des quais autant pour la couleur que son cadrage.

André Derain – Big Ben – 1906
André Derain – The Pool of London – 1906

Exposition Les impressionnistes à Londres  – Artistes fraçais en exil 1870-1904 – Le Petit Palais jusqu’au 14 octobre 2018

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