Pourfendeur de nuages

Russell Banks – Pourfendeur de nuages, traduit par Pierre Furlan – Actes Sud 1988.

C’est un roman qui évoque un page d’histoire peu connue en Europe. Banks nous plonge dans l’atmosphère de cette époque et des outrances de la famille Brown qui milite contre l’esclavage ; je crois que c’est la folie religieuse des Brown que j’ai eu du mal à supporter et qui me laisse un sentiment mitigé sur ce livre qui est tout de même excellent !

Nous pouvions exécuter quelques hommes tout de suite, des hommes qui étaient peut-être coupables, ne serait-ce que par association, et sauver des millions d’innocents plus tard. Voilà comment fonctionne la terreur quand elle est aux mains des vertueux.

Ce roman est le long témoignage d’Owen Brown sur sa famille jusqu’à la campagne du Bleeding Kansas et l’attaque de Harpers Ferry.

La famille Brown vit sous la férule de John, le père. C’est un puritain profondément religieux, qui ne vit que par la Bible et dont les actes sont commandés par une fureur religieuse, la même que nous retrouvons de nos jours chez les extrémistes de tout poil et de toute religion. Le livre rend tellement bien cette ambiance de préchi-précha qui m’insupporte, que j’ai eu parfois du mal à accrocher.

John Brown n’est pas très doué pour les affaires, fait faillite en Ohio après avoir spéculé sur les terres ; emmène sa nombreuse famille dans le Massachussets puis s’établit sur une ferme dans les Adirondacks, à proximité d’une communauté de « Nègres libres ». En effet, John Brown est profondément abolitionniste, cause à laquelle il consacre toute son énergie, et sa ferme devient vite une étape de l’Underground railroad qui permet aux esclaves fugitifs de rejoindre le Canada.

Le père est bien barré ; le fils n’est pas mal non plus, mais dans un autre genre. Russel Banks sait admirablement nous montrer l’évolution de leur relation, et le père grande gueule mais souvent indécis est parfois dominé et poussé à agir par son fils. Cette évolution est particulièrement visible dans la dernière partie du roman où les Brown se retrouvent au Kansas pour faire basculer ce territoire en faveur de l’abolition. Rapidement, le père et une partie de la famille vont perdre tout mesure et répondre aux provocations en déclenchant un bain de sang à Osawatomie puis dans le Kansas avant de d’attaquer Harpers Ferry, en Virginie, expédition lancée pour libérer les esclaves des Etats du sud.

La guerre des races, déjà vieille de 300 ans, a surtout fait rage entre la période précédant la guerre d’indépendance et la prise de Harpers Ferry ; c’était alors une guerre contre l’esclavage. Puis elle s’est transformée brièvement, en 1861, en guerre de sécession. Depuis lors et jusqu’à ce jour, nous avons connu une telle clameur de douleur et de fureur que je savais que nul ne m’entendrais sinon quand un des fils de John Bravone essayant de justifier ses actes sanglant et ceux de son père.[…]
En vérité, cette prétendue guerre civile, ou guerre de sécession, n’a été pour nous qu’une conséquence. Ou plutôt un élément dans une continuité. Rien de plus qu’une bataille étirée sur une longue période.

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