Vivre avec nos morts

Delphine Horvilleur – Vivre avec nos morts – Grasset 2021. 

Cet auteur est assez médiatique et j’ai pu apprécier à plusieurs reprises son discours et son ouverture d’esprit. Il faut avouer qu’être « rabbine » n’est pas banal et ne pousse pas à adopter des idées moisies. 

Ce volume évoque la mort et notre relation avec la perte de proches. Ce n’est pas un traité de théologie judaïque, et Horvilleur sait nous faire partager ses questionnements, nous donne des pistes de réflexion basée sur sa connaissance de textes religieux. 

Est-il possible d’apprendre à mourir ? Oui, à condition de ne pas refuser la peur, d’être prêt, comme Moïse, à se retourner pour voir l’avenir. L’avenir n’est pas devant nous mais derrière, dans les traces de nos pas sur le sol d’une montagne que l’on vient de gravir, des traces dans lesquelles ceux qui nous suivent et nous survivent liront ce qu’il ne nous est pas encore donné d’y voir.

J’ai apprécié que son approche ne soit pas dogmatique, que certains points restent en suspens et qu’elle continue à parler de la vie en évoquant la mort. 

Le mot H’ayim, la vie, est un pluriel, et dans cette langue, il n’existe pas au singulier. L’hébreu dit que chacun de nous a plusieurs vies, non pas successives mais tressées les unes aux autres, comme les fils qui se croisent tout au long de l’existence et attendent le dénouement pour se distinguer. En hébreu, nos vies font tapisserie, jusqu’à ce que nous puissions en défaire les noeuds en racontant nos histoires.

Ce récit évoque aussi de nombreuses rencontres, anonymes ou personnages connus. Il permet aussi, en douceur, de clarifier son positionnement dans la société française et vis-à-vis du sionisme. J’aime le fait qu’elle adopte le qualificatif de « rabbin laïc » et son approche très humaniste.

La laïcité française ne pose pas la foi à l’incroyance. Elle ne sépare pas ceux qui croient que Dieu veille, et ceux qui croient aussi ferme qu’il est mort ou inventé. Elle n’a rien à voir avec cela. Elle n’est fondée ni sur la conviction que le ciel est vide ni sur celle qu’il est habitée, mais sur la défense d’une terre jamais pleine, la conscience qu’il reste toujours une place pour une croyance qui n’est pas la nôtre. La laïcité dit que l’espace de nos vies n’est jamais saturé de convictions, et elle garantit toujours une place laissée vide de certitudes. Elle empêche une foi ou une appartenance de saturer tout l’espace. En cela, à sa manière, la laïcité est une transcendance. Elle affirme qu’il existe toujours en elle un territoire plus grand que ma croyance, qui peut accueillir celle d’un autre venu y respirer.

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