Un jour de colère

Ce n’est pas un roman, c’est le récit d’une véritable boucherie menée par les armées napoléoniennes. Cette tragédie avec unité de lieu, Madrid, et de temps, le 2 mai 1808, marque le début des hostilités en Espagne.

Le contexte historique est juste évoqué, il est peut-être connu des Espagnols mais pour le lecteur français c’est dur à suivre ! Le roi Charles IV a démissionné en faveur de Ferdinand VII qui est exilé par les Français à Bayonne, Madrid est occupé par les troupes françaises et la Junte de gouvernement est prise entre 2 feux. Le peuple croit que l’infant va être enlevé par les français et se révolte.

Pour montrer qu’il s’agit d’un soulèvement populaire, Pérez-Reverte multiplie les histoires individuelles, en insistant sur le statut et l’âge des personnages et nous donne un récit où le détail masque l’essentiel.

Le peuple en révolte tue, égorge tous les soldats français qu’il trouve pendant qu’un bataillon espagnol occupe le parc d’artillerie de Monteleon et tient tête aux troupes françaises. Murat envoie massivement ses troupes mater la révolte, les insurgés sont liquidés à coupe de canon, les mamelouks sabrent à tour de bras, mais les français ont quand même à faire à forte partie.

Les troupes de Murat sortent vainqueurs de cette journée terrible et la répression va s’abattre sur Madrid : tous les insurgés seront fusillés, mais aussi tous les Espagnols qui passent trop près des soldats…  Goya, qui a été plutôt favorable aux Français, peindra 2 toiles sur ces journées sombres : Dos de mayos représente la charge des mamelouks et Tres de mayos la fusillade des insurgés.

Ce récit est très documenté, met en valeur le patriotisme espagnol et nous décrit Murat comme une brute sanguinaire. J’ai toutefois trouvé ce livre brouillon, dispersé entre trop de récits parallèles. L’histoire se resserre avec l’attaque du parc de Montoleon qui donne un récit plus structuré, avec des personnages mieux identifiés et plus fouillés. L’accumulation de combats, d’égorgements, de tripes à l’air, de fusillades nous fait vivre cette journée jusqu’à l’écoeurement.

Arturo Pérez-Reverte – Un jour de colère, traduit par François Maspéro – Le Seuil 2008