Menaud, maître draveur

J’ai entendu parler de ce livre dans les guides sur le Québec car ce roman se passe dans la province du Charlevoix. On en parle comme d’une roman culte et je l’ai ramené.

C’est un roman qui fait sans cesse référence à Maria Chapdelaine : Menaud est obsédé par un passage sur la perte des valeurs et la méfiance vis à vis des étrangers qui prennent les terres. C’est une ode à la liberté et à une conception d’un ancien mode de vie au Québec, encore très pionnier, et sans doute en voie de disparition au moment de l’écriture du livre.

Menaud vit avec son fils Joson et sa fille Marie. Fermier, il reste homme des bois. Il travaille pour des anglais au convoyage des coupes de bois (la drave) mais cela le perturbe car il a le sentiment de trahir son pays et se considère comme leur valet. Il voit d’un mauvais oeil le penchant de sa fille pour Le Délié qu’il soupçonne de prendre le parti des étrangers. Joson va se noyer lors de la drave et Menaud sombre petit à petit dans la folie.

Le Délié annonce que les terrains de chasse où les villageois allaient en toute liberté vont être concédés, qu’il va en devenir le gardien et qu’ils sont désormais interdits aux habitants. Du coup, Menaud part vers le Nord, dans ces territoires, pour les protéger et affronter Le Délié. Il manque d’y mourir et il est sauvé par Le Lucon, un ami de Joson qui l’a accompagné.

Marie se détourne du Délié, coupable d’avoir trahi les ancêtres, et se rapproche du Lucon. Tous les deux hésitent entre une vie de paysans tranquilles et bien installés ou le maintien d’un espoir, d’une tradition de liberté et le refus des nouvelles règles, ce qu’ils choisiront au risque du banissement.

On retrouve certains aspects de Maria Chapdelaine : comme dans le roman de Louis Hémon, le paysan rêve de liberté, garde son âme de pionnier et de coureur des bois et la fille se soumet au choix raisonnable en laissant ses rêves s’envoler.

C’est sans doute un livre qui marque les québécois et résonne de leur passé, on peut dire que cela se veut une imitation de Maria Chapdelaine. Comme souvent la copie ne vaut pas l’original, même si le style est assez agréable et même lyrique dans ses descriptions de la nature.

Félix-Antoine Savard – Ménaud, maître draveur – Fides 1934